Mexique part. 5 – Sur les eaux turquoises de la Riviera Maya
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Campeche, ou la vie paisible caressée par les vagues. Les Frères de la Côte – une confrérie de pirates du XVIIe siècle – ne s’y étaient pas trompés. Je parcours en long et en large les ruelles de coquettes demeures coloniales aux tons pastel, encadrées par une vieille muraille. Je commence à avoir l’habitude, je ne sais pas si vous avez remarqué mais Campeche doit être au moins la cinquantième ville coloniale que je visite en Amérique Latine.
Ici comme partout, les casas de empeños sont nombreuses : ce sont des prêteurs, sur gage ou non, aux taux complètement fantaisistes. Elles rachètent également l’or. Grâce à elles, les Mexicains peuvent acquérir de belles autos à crédit. Le plus incroyable c’est qu’il y a toujours la queue à l’extérieur. On s’endette pour consommer sans hésiter.
Ici, on sait s’amuser. Le réceptionniste de l’hostel à l’accent incompréhensible m’emmène à une soirée étudiante avec défilé carioca et élection de miss. Mais je suis surpris, c’est la moins belle qui est couronnée : une anorexique aux dents de travers qui se meut comme une crevette sur le podium. La 1ère dauphine est enrobée. En fait, toutes les autres prétendantes sont bien mieux. C’est à n’y rien comprendre, soit les membres du jury sont des vendus, soit les goûts des Mexicains sont sensiblement différents des nôtres. Je pencherais plutôt pour la seconde hypothèse. Malheureusement, ma grande timidité m’empêche d’aller consoler les jolies perdantes…
Je reprends la route, en bus cette fois, pour Mérida. La cité blanche, capitale du Yucatán, est en effervescence pour cause de carnaval annuel. Les danses folkloriques et les orchestres se succèdent sur la place centrale. Alors que je suis assis paisiblement sur un banc, les jambes croisées, un homosexuel vient me demander s’il peut me photographier « sans changer de position ». Décidément ! Incroyable le succès que j’ai au pays du macho moustachu.
La « Riviera Maya » – l’équivalent de notre Côte d’Azur au coeur de la fameuse péninsule du Yucatán – m’appelle. Je reprends la route de nuit jusqu’à Tulum. Quatre heure du mat’, j’émerge d’un profond sommeil. Tiens le bus s’est arrêté. Une belle occasion pour aller se soulager dehors, somnolent, les cheveux en pagaille et les boules Quies toujours coincées dans les tympans. Je remonte… pour me rendre compte 20 kilomètres plus loin en regardant les panneaux qu’il s’agissait de mon arrêt.
J’en touche deux mots au chauffeur qui me dit que si je veux descendre au prochain arrêt, je vais devoir payer en plus. Bien entendu, il veut se remplir les poches sur mon dos. Pas question, descends-moi ici, fils de chameau !
Me voici donc le regard hébété devant mon gros sac au bord de la voie rapide qui longe la côte, une forêt tropophile de chaque côté, en pleine nuit noire. Ce ne sont pourtant pas les grands complexes hôteliers qui manquent dans la région. Manque de pot le lieu n’a pas encore été repéré par les promoteurs. Il n’y a rien, sauf des voitures et des camions qui passent à 120km/h.
J’aperçois toutefois quelques lumières au loin. Je m’approche, c’est un magasin de souvenirs, fermé bien sûr. Qui sait si je ne vais pas y trouver une bonne âme, un gardien de sécurité par exemple qui pourra me prêter un matelas pour finir ma nuit…
Je suis accueilli en fanfare par… les chiens de garde qui m’assaillent. Je traverse la chaussée en catastrophe. Rien à faire d’autre que de suivre la route, en mode clandestin pour ne pas m’attirer les ennuis d’une bande de desperados ivres en pleine virée nocturne meurtrière. Finalement je déniche un petit emplacement invisible depuis la route, derrière une barrière de barbelés à quelques mètres de l’autopista. Le tapis de sol est déroulé sous les étoiles, entre les canettes vides et des bouts de ferraille. Un vrai petit paradis ! Mais je suis dans l’impossibilité de trouver le sommeil, entre le vacarme des voitures, les aboiements, l’inconfort, le stress d’être au milieu de nulle part, et les essaims de moustiques vibrionnants particulièrement assoiffés.
Le jour se lève enfin sur mon bivouac de fortune, et je rejoins Tulum. En fait le site de Tulum est surtout réputé pour ses ruines précolombiennes surplombant une mer turquoise. Je rêvais d’y aller après avoir à maintes reprises admiré cet emplacement magnifique sur le planisphère des toilettes de la maison familiale. J’imagine les Mayas apercevant les galions espagnols s’approcher de la côte pour la première fois, en 1518.
Si j’ai déjà expérimenté le tourisme à la chinoise ou à la mexicaine, le backpacking de masse en Thaïlande, je n’avais jamais vraiment encore été confronté à l’envahissement touristique américain. Bienvenue à Playa del Carmen, station balnéaire prisée par les gringos. Le spectacle est aussi drôle que déprimant.
La fine fleur de l’Amérique profonde se promène sur la bien-renommée « 5ème Avenue » et se paye du rêve, mais c’est plutôt un cauchemar. Grâce au voyage à forfait, ils sont passés de l’usine industrielle à l’usine touristique. Les prix en $ sont tout autant gonflés que leurs muscles et leurs fausses poitrines. On m’arrête dans la rue dans un accent californien pour me louer une voiture, me prendre en photo avec un singe sur l’épaule, ou me vendre un ticket de bateau pour une île sans charme. Bien sûr ils sont tous là : T.G.I. Friday’s, Walmart, McDonald’s, Subway, Johnny Rockets, Burger King… On trouve des hypermarchés de souvenirs niais et de sombreros multicolores. Un artiste qui dessine des planètes à la bombe dans la rue n’en finit plus de recevoir des dollars de pourboire. Ambiance consumériste. Ça ne donne pas vraiment envie de continuer mon périple vers le nord, j’ai bien fait de bifurquer vers l’est.
Avec les Chinois et les Américains en guise de maîtres du monde, que va-t-on devenir ? Si Playa del Carmen est mal famée le jour, elle est bien plus fréquentable de nuit : les Yankees sont repartis dans leur resort. Et la ville devient un temple de la vie nocturne cosmopolito-mexicain. Playa del Carmen, le meilleur endroit sur terre pour faire la noce ? Je ne m’en lasse pas.
Et puis, je ne pouvais pas passer à côté de Cancún sans aller y jeter un coup d’oeil. C’est la station balnéaire américaine par excellence, Playa del Carmen puissance 10. Le lieu est idyllique, enfin… l’était il y a 50 ans. D’innombrables hôtels de luxe sont dorénavant alignés sur une longue langue de terre qui lèche la mer des Caraïbes. La zone hôtelière s’étend sur… 23 kilomètres de plages blanches !
Je me faufile dans le dédale des couloirs luxueux de quelques grands hôtels 5 étoiles et me prélasse dans leurs piscines de rêve. Il faut avouer que la couleur de l’océan, turquoise au bleu transcendant, est incroyable. C’est l’une des plus belles plages au monde. Le climat est parfait, l’emplacement est idéal : juste en face de récifs coralliens. Les activités proposées sont nombreuses, avec toute une palette de sports nautiques, les ruines mayas à proximité, des spas, des golfs, des parcs d’attractions, de splendides cénotes (puits naturels aux reflets turquoise propices à la plongée), etc. Les promoteurs et tour-opérateurs s’y sont données à coeur joie.
Oui mais… il y a trop de monde par ici. Derrière une belle facade, la surexploitation touristique dissimule ses dégâts. Tout ce béton est une offense à la nature. En longant la côte je croise des iguanes, une raie. Mais la sécurité du Club Med ne veut pas me laisser continuer : des caïmans squattent une mangrove à proximité, il y a danger.
Avant de rejoindre l’aéroport international de Cancún, j’avale une dernière torta fromage-chorizo. Miam ! La graisse rouge me ruisselle dans les doigts. C’est un peu à l’image du pays : le meilleur et le pire se côtoient au sein d’une essence mexicaine insaisissable, mais qui laisse indéniablement des traces.
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jan 02 2012






















