[Bonne année 2010 à vous tous ! Merci beaucoup pour vos voeux de bonheur.]
กรุงเทพมหานคร อมรรัตนโกสินทร์ มหินทรายุธยา มหาดิลกภพ นพรัตน์ราชธานีบุรีรมย์ อุดมราชนิเวศน์มหาสถาน อมรพิมานอวตารสถิต สักกะทัตติยะวิษณุกรรมประสิทธิ์ - autrement dit et pour faire plus court, Bangkok. Quatrième passage. De retour dans le palace de sieur Alex, avec suite royale généreusement mise à ma disposition. Je renoue le temps d’un weekend avec la perpétuelle agitation et la vie nocturne déjantée de la Venise de l’Orient.
La soirée du vendredi vaut son pesant de tofu. Elle commence par mon resto japonais préféré. Des serveuses en kimono à nos petits soins déversent un flot continu d’alcool coréen dans nos coupes. L’ambiance monte peu à peu. Repus de sashimis, nous embarquons à destination des coins branchés de la jeunesse dorée. Au Demo, la dernière trouvaille du petit groupe d’une dizaine d’expats que j’accompagne, le DJ à la pointe force légèrement sur les décibels. Les pulsations assourdissantes du beat techno nous rabattent vers la terrasse en extérieur, plus calme. Entre deux anecdotes extravagantes sur les dernières folies des membres les plus excentriques de la communauté française locale (dont Alex est un membre éminent), nous découvrons, au pied d’un fauteuil en cuir, une carte bancaire gisant sur le plancher.
« Serait-il possible de s’en servir ? Ca serait énooooooorme ! » constitue la réaction générale. Désireux d’écrire l’histoire à notre tour, les neurones noyés dans l’alcool, nous tentons le coup de poker. Pas besoin de code, une simple falsification de la signature sur la note suffit. Et ça passe. Le bout de plastique nous offre la tournée générale. Nous jouons avec le feu mais l’excitation du méfait suffit à étouffer les flammes d’objections qui s’élèvent. Nous nous convainquons que l’assurance bancaire remboursera le malheureux. Passent une bouteille de Grey Goose, et une de champagne. Changement de dancefloor pour brouiller les pistes. Deux bouteilles de Moët & Chandon supplémentaires. C’est grisant de jouer à détourner des fonds à la Kerviel, mais les nerfs sous soumis à rude épreuve. Il est temps de mettre fin à cette mascarade.
Au petit matin, les remords nous assaillent. Comme je risque moins que les autres (pas de travail donc je me contrefiche d’une éventuelle expulsion du pays), on m’a confié la tache de discrètement poster aux ordures la VISA maudite. Alors que je m’apprête à offrir le cadeau de Noël de sa vie à un SDF, mon portable vibre. Alex au bout du (sans) fil.
L’assurance bancaire, pas connaître ici. Le Guillaume en question a quitté le Demo peu avant la découverte de sa CB, et n’a fait opposition qu’à 4h du matin. La note à rembourser est épicée : 22,500 baths, soit 500€. Même en divisant par le nombre d’escrocs (7 au total), ça poinçonne tout de même rudement mon budget mensuel. Nul besoin de préciser que l’épisode est entré en grande pompe dans les annales de la diaspora tricolore.
La réparation de mon appareil photo est la seule affaire qui me retienne à Bangkok. Et cela prend plus de temps que prévu. L’agitation de la Grosse Mangue (en référence à « The Big Apple ») m’étouffe, au même titre que la chaleur hivernale. Le soleil me tape sur le bambou. J’en profite pour rencontrer d’autres tourdumondistes. Fortuitement d’abord, avec le couple d’On The Road Again et leur vieille moto. Leur site web est bien conçu, avec d’excellentes vidéos. Mince, je devrais investir dans un camescope si je veux conserver mes lecteurs ! Et puis, la rencontre prévue de longue date avec Paul-Henri et Ophélie, un frère et une soeur qui font le tour du monde en Solex. Ils font forte impression aux 4 coins du globe lorsqu’ils surgissent dans la pétarade de leurs vieux engins tout rafistolés. Nous passons une après-midi entière à nous abreuver de banana shakes et d’anecdotes respectives. Ils « tournent » dans l’autre sens et arrivent tout droit d’Amérique. Leur aventure est nettement mieux ficelée que la mienne : un projet en béton, des sponsors, des bourses, le passage dans de multiples émissions de TV, des articles de journaux, la réalisation d’une mission sur le micro-crédit en parallèle, etc. Comparé a eux, je suis un glandeur.
Lorsque je vais récupérer mon objectif photo, j’apprends qu’il est irréparable. Je suis obligé d’en racheter un neuf. Je passe la semaine la plus dépensière de mon voyage. Décidement Madame Malchance me courtise depuis cette fameuse pîqure de frelon. Je tente de me refaire avec Alex à l’hippodrome mais les canassons sur lesquels je mise finissent constamment bons derniers.
Et puis, a l’approche des fêtes de fin d’année, j’ai un peu le bourdon. Pour la première fois depuis mon départ un léger mal du pays m’envahit. Dur de savoir que je vais passer à côté du partage du foie gras en famille, et de l’entrechoc des flûtes de champagne entre amis… Pour me consoler, je pars à la plage.
Monaco, 28 degrés à l’ombre… Je goûte la saveur des tropiques à Phuket, au coeur de la mer d’Andaman. Une ancienne île de rêve, devenue au fil des dernières décennies une station balnéaire bétonnée, attirant foule de Farangs. Les nombreux complexes hôteliers rutilants à moitié vides – crise oblige – se dressent le long des baies et contribuent à la destruction systématique des derniers recoins sauvages, à coups de pelleteuses et de milliers de tonnes de béton. Les déchets s’accumulent sur les dernières plages non touristiques, qui contrastent avec les étendues de sable fin immaculées envahies d’Européens. Le vacancier exige du propre. Ce n’est pas que je tiens particulièrement à me rendre à Phuket, mais j’ai été autorisé « à titre exceptionnel » par le chef de chancellerie de l’ambassade de France à m’y faire vacciner contre la grippe H1N1. L’auberge de jeunesse sympathique que je dégote à Phuket City m’offre l’emplacement idéal pour baser mes expéditions insulaires à la découverte des différentes facettes de la jumelle de Djerba.
J’atterris dans un dortoir entouré de sourd-muets. Difficile de communiquer, mais cela me permet d’économiser les dernieres boules Quies que je conserve précieusement. Et puis d’autres travellers arrivent, autrement plus bruyants : Henrick l’Australien, Ingrid la Norvégienne et Joao le champion de flair (12e mondial), un italo-brésilien qui renvoie Tom Cruise aux cuisines avec ses jongleries de bartender. Nous formons une joyeuse équipe, alternant entre tournées des plus belles plages à scooter, et soirées animées en compagnie des locaux. Le petit nuage noir continue de flotter au dessus de moi : deux crevaisons, une panne d’essence, une avarie mécanique, une prune pour conduite sans permis, et un malfrat qui dérobe en pleine nuit certains composants de mon scooter (2h de réparations, €1,50 de frais).
Le 24 décembre, je croise Hugo dans la rue par hasard. Nous passons un excellent réveillon à quatre, en compagnie d’Henrick et d’une Australienne. Buffet à volonté, avec un choix incroyable de nourriture. Je suis proche de l’overdose de crevettes. A minuit, point de descente de traîneau, mais la montée au ciel, sur fond de feux d’artifices, de notre lanterne chinoise sur la plage de Karon – ou comment polluer la planète tout en s’amusant. Et pour conclure, virée dans la rue insolite de Patong Beach, avec travestis en petite tenue rouge et blanche, et aguicheuses à la recherche de leur sosie du Papa Noël afin d’offrir des cadeaux à leurs mômes le lendemain.
Vous souvenez-vous du film « The Beach » ? Je décide d’aller jouer les Di Caprio et m’embarque pour une petite croisière vers les fameuses îles Koh Phi Phi. Je me retrouve dans un bateau si gros qu’il ne peut même pas accoster. De toute facon la célèbre plage est désormais noyée sous un flot continu de touristes. Je participe au spectacle de 150 vacanciers qui pataugent avec leur gilet de sauvetage autour de l’embarcation, tout en donnant du pain aux poissons. Quitte à être un touriste, autant jouer la comédie à fond.
Mais il n’y a pas que le tourisme cinématographique qui a endommagé les îles Kho Phi Phi. Le 26 décembre 2004, rappelez-vous, un raz de marée de 10 mètres de haut s’écrase sur les côtes asiatiques. Bilan tragique : 230 000 morts. En Thaïlande, les vagues meurtrières font 8200 morts et 8500 blessés. (Je precise que l’un de mes lecteurs, David, etait precisement a Phuket le jour du tsunami !) Sur la plage de Patong, les dieux ont tenté de mettre un terme aux turpitudes du clône de Pattaya par un remake du déluge. Mis à part quelques panneaux « attention zone à risque tsunamique » et des installations de hauts-parleurs, rares sont les indices encore visibles de la visite de courtoisie de la déferlante. Pour le 5ème anniversaire du désastre, les moines bouddhistes sont réquisitionnés afin de commémorer la mémoire des victimes. Le tourisme de catastrophe est en plein essor : Tchernobyl, le World Trade Center, le tsunami…
Je continue le voyage avec Henrick, en direction d’une autre île, celle de Koh Samui. Henrick est un Australien d’origine vietnamienne plutot relax. Programme classique des backpackers en Thaïlande : ballades en scooter dans la jungle, farniente dans les transats, photoshooting des derniers rayons sur l’horizon, sirotage de cocktails exotiques les pieds dans l’eau. Alors que nous déambulons sur une baie ceinte de cocotiers, je distingue au lointain une île qui semble abandonnée. QUOI, UNE ILE DESERTE ?
Le lendemain matin, après avoir traversé tout Koh Samui en auto-stop, nous embarquons pour notre île de rêve, sur une petite chaloupe de pêcheur. Nous échouons sur Koh Taen : île perdue qui n’apparaît miraculeusement pas sur Google Earth, entourée de perpétuelles brumes, où flotte la légende d’un trésor de pirates jamais mis à jour… Ouh la la, à trop descendre vers le sud, je deviens un peu Marseillais ! Le coin est en fait habité par quelques rares indigènes. Une île semi-déserte, ca fera quand même l’affaire. La famille qui tient les quelques bungalows où nous posons nos sacs n’a ni os dans le nez, ni tendances cannibales. Nous sommes même accueillis chaleureusement : et pour cause, nous sommes les seuls clients ! Je suis surpris : les touristes préfèrent s’agglutiner autour de leurs piscines que de se détendre dans les hamacs d’une île paradisiaque. Car c’en est bien une.
- il y a un lagon. QUOI, UN LAGON ? Oui. Pour s’y rendre, il faut emprunter un pont de 340m à travers une forêt de mangroves.
- l’archipel est entouré d’une somptueuse barrière de corail.
- l’île abrite un monastère de nonnes, sous lequel on trouve un squelette de requin baleine.
- il existe un minuscule îlot ou un moine bouddhiste a vécu en solitaire pendant 15 ans. Il s’en dégage une atmosphère cabalistique.
- il n’y a aucun chien sur Koh Taen. Toute tentative d’introduction s’est soldée par la mort du cabot quelques heures après son arrivée. L’énigme n’a jamais été élucidée, mais on murmure qu’il s’agit d’un lieu sacré, comportant d’importants champs magnétiques. Ou que les milliers de chauves-souris squattant les grottes de l’île emettent plus d’ultrasons que ne peuvent en supporter les toutous.
Nous vérifions chaque point un à un. Vous êtes-vous déjà retrouvés dans un lagon désert ? C’est purement magique. Le silence n’est perturbé que lorsqu’une noix de coco s’écrase sur le sable blanc, avant de rouler jusque dans l’eau turquoise. La noix de coco est du pain béni qui tombe du ciel des tropiques. Elle contient des vitamines A, B, C, D, E et rassasie son homme tout en le désaltérant. La noix de coco, le bambou et le riz sont à l’Asie ce que le raisin, le chêne et le blé sont à l’Europe. L’idée de jouer les Robinson Crusoé nous plaît. Mais éplucher une noix de coco est une tache ardue (bien plus difficile que de déshabiller une femme - enfin dans les deux cas, on devient rapidement expert).
La question à deux Français saouls : qu’emmèneriez-vous sur une île déserte ? Mmm… un container réfrigéré de fromage de chèvre, et environ 150 femmes. Mais dans notre lagon, point de biquette ni de Virginie Ledoyen à l’horizon. Qu’à cela ne tienne ! Nous allons concevoir nous-même la femme de nos rêves. A l’aide des déchets recrachés par l’océan sur le rivage – une juste vengeance de la nature qui régurgite ce qu’elle ne parvient pas à digérer - Miss Coco prend peu à peu forme. Et de formes, elle n’en est pas avare. Une poitrine de rêve en polystyrène, des hanches généreuses en caoutchouc, de longues jambes de bambou, et un visage idyllique en coque de noix de coco. Son regard sauvage nous fait tourner le ciboulot. Pour ne pas nous faire rougir, nous vêtissons notre déesse, et de matériaux 100% recyclés s’il-vous-plaît. Avec en pièce de maître une magnifique robe toute de sacs plastique.
Je n’en dis pas plus sinon les producteurs de Lost vont tenter de me débaucher. Juste que la soirée s’est conclue par une autre de mes idées révolutionnaires : un gigantesque feu de joie sur un radeau de bambou enflammé, voguant entre les flots et les étoiles…
Heu ca va la neige en France ? J’ai pensé à vous, l’autre jour : il y avait des glaçons dans mon Gin Fizz.
[Je précise à ma mamie que je ne suis pas à Haïti; il ne faut pas qu'elle s'inquiète].



En effet , il est vraiment doué ton compagnon de dortoir, Joao, 12ieme mondial en jonglerie…. BRAVO ! et quelle chance de retrouver Hugo l’après-midi du 24 pour passer Noël ensemble, à vous 4.
Je vois mon fils que tu es normalement constitué dans le dernier passage !
Continue de bien voyager.Quel bonheur de te lire !
Gros bisous
Commentaire par maman Martine — 14 janvier 2010 @ 18 h 27 min
Bonne annee Geff!
J’ai aime l’ile semi-desertique ainsi que le jeux de mots de la question a deux franc six sous
Donnes plus de news mec
Biz et continu a nous faire voyager
Commentaire par Sebou — 14 janvier 2010 @ 18 h 49 min
Salut Geoffrey, tu avais pris du retard dans l’histoire. On commencait a se demander ce qui se passe. Profite bien de la Malaisie, et aussi, on aimerait VRAIMENT BEAUCOUP recevoir une carte de Kuala Lumpur, une longue histoire… Je te redonne notre adresse 131 rue Camille Pelletan, Bat C, 33400 Talence.
Bisous
Sego
Commentaire par Sego — 18 janvier 2010 @ 9 h 41 min
Coucou mon cousin !
Tout d’abord bonne année 2010, j’espère que tu fera le plein d’aventure !
J’ai pu lire que ton voyage ce passait bien, tu fais apparement de belle rencontre et tu vois de magnifique paysage. J’apprends toujours plein de choses intéressantes en te lisant ! Continue !
Et désolé mais tes mésaventures sont toujours aussi drôles donc… CONTINUE ! lol
Bisous
Encore une fois, nous te souhaitons sonny et moi plein de bonnes choses pour cette année 2010 !!!
Commentaire par Lucie (cousine) — 18 janvier 2010 @ 9 h 43 min
Bonne année de voyageur, et continue à nous faire profiter de ton voyage, c’est toujours un plaisir… et continue les photos, si t’as de video, je continuerais quand même à te lire.
Bises
Marie
Commentaire par Marie — 18 janvier 2010 @ 13 h 02 min
Salut Geoffrey,
Bonne annee ! Si tu vas a KL et que tu veux monter sur la plateforme entre les 2 tours Petronas, il faut faire la queue tot le matin (vers 7h30 je pense) pour avoir une place plus tard dans la journee. Ca en vaut la peine, et c’est gratuit…La billeterie est dans le centre commercial top chic en bas des tours.
Si je peux me permettre, n’oublie pas de mettre casque / ceinture etc – dans ces pays la le sentiment de liberte fait parfois oublier les (tristes) realites de la route, qui sont bien moins securisees que dans nos contrees…
Amuse toi bien (j’ai envie d’ecrire « don’t be good, it’s boring! » mais a te lire c’est un conseil que tu as deja pleinement integre !).
David
Commentaire par David (frere de Rapha) — 18 janvier 2010 @ 14 h 20 min
Plutot mignonne la Miss Coco ; ) Bisous Geoffrey, on pense a toi! Pierre et Berangere.
Commentaire par Berangere — 20 janvier 2010 @ 0 h 02 min
Salut !
On dirait que l’année s’est plutôt bien finie pour toi, surtout quand on voit les photos. Bonne année donc et amuse toi bien !
Ludo’.
Commentaire par Ludo' — 23 janvier 2010 @ 2 h 00 min
chuis jalouououosssse!!!!
Commentaire par clayre — 27 janvier 2010 @ 16 h 59 min
Escroc, comment as tu pu te servir d’une CB abandonnéé!! Apres tout il n’avait qu’a pas la perdre… A+
Commentaire par Antoine — 30 janvier 2010 @ 20 h 16 min