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	<title>Ne m&#039;attendez pas pour dîner</title>
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	<description>2 ans autour du monde sans prétention</description>
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		<title>Cuba part. 2 &#8211; La pizza la moins bonne et la plus chère du monde</title>
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		<pubDate>Sun, 19 Feb 2012 15:10:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>geoffrey</dc:creator>
				<category><![CDATA[* Le carnet de route]]></category>

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		<description><![CDATA[[C’est officiel, j’ai un an de retard sur mon blog ! La faute a plusieurs raisons, dont le manque de temps maintenant que je travaille, des femmes exigeantes, et des problèmes de fatigue oculaire récurrents. Mais promis il sera fini tôt ou tard !]
Aujourd&#8217;hui, grande nouveauté pour Bala : il fait ses tous premiers pas&#8230; à cheval. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">[C’est officiel, j’ai un an de retard sur mon blog ! La faute a plusieurs raisons, dont le manque de temps maintenant que je travaille, des femmes exigeantes, et des problèmes de fatigue oculaire récurrents. Mais promis il sera fini tôt ou tard !]</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd&#8217;hui, grande nouveauté pour Bala : il fait ses tous premiers pas&#8230; à cheval. Nous nous offrons une virée équestre au cœur de la Vallée de Viñales, qui se caractérise par ses <em>mogotes</em>, d&#8217;imposantes collines arrondies tombées du ciel. Les attelages de bœufs foulent la terre rouge, qui offre l&#8217;un des meilleurs tabacs au monde. Les feuilles sèchent à l&#8217;ombre de grandes maisons aux toits de palmes qui percent les étendues d&#8217;or vert : ce sont les « <em>casas de tabaco</em> ». Un sombre destin les guette : se faire rouler avant de partir en fumée&#8230;</p>
<div id="attachment_1538" class="wp-caption aligncenter" style="width: 210px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1538 " title="DSC_0615 (1)" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/02/DSC_0615-1-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Champs de tabac</p></div>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;heure de la récolte a sonné. Les <em>vegueros</em> sont à pied d&#8217;œuvre sous leur chapeau de paille. Ils dégraissent les plants de tabac feuille par feuille. Le processus de cueillette est extrêmement strict et coordonné pour parvenir à la confection des meilleurs havanes : il dure un mois. Aujourd&#8217;hui, on n&#8217;arrache que deux ou trois feuilles à la base de la tige. A l&#8217;heure de la pause, un camarade distribue des lampées de rhum aux travailleurs de la coopérative, fourbus mais souriants. Quel beau cliché du socialisme !</p>
<p style="text-align: justify;">Les chevaux sont dans un sale état, sales et écorchés : normal, ils appartiennent au gouvernement, comme presque tout d&#8217;ailleurs. Et le loueur est fonctionnaire, comme presque tous d&#8217;ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify;">A Trinidad, ville qui fêtera prochainement ses cinq cents ans, nous découvrons au grand jour le vrai problème de Cuba : sa cuisine. Les spaghettis au chorizo sont d’une insipidité imbattable. Comment est-il possible de cuire des nouilles aussi mal ? Le burger est une insulte gastronomique : un mélange porc-bœuf avec 50% de gras fait office de viande ; l’accompagnement se compose de rondelles de bananes plongées dans un bain de friture couleur pétrole, qui aurait explosé tous les indicateurs de changement d’huile s’ils avaient existé par ici. La pizza de rue (les habitants jouissent du droit de vendre quelques encas à travers les barreaux de leurs portes-fenêtres) décroche la palme de l’écœurement : le fromage est pire que le cheddar premier prix du Lidl, et la sauce &laquo;&nbsp;tomate&nbsp;&raquo; est chimique au possible. Cuba bat des records de non-goût, au même titre que la Mongolie et l’Amazonie. Et même le restaurant le plus à la mode de La Havane, avec une file d’attente prometteuse, est une énorme déception. Beuuurkkk !</p>
<div id="attachment_1537" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1537 " title="DSC_0311" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/02/DSC_0311-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Trinidad</p></div>
<p style="text-align: justify;">Les enceintes grésillantes de la discothèque de Trinidad jouent les derniers tubes à la mode&#8230; de l&#8217;année dernière. Je ne serais pas surpris d’apprendre qu’ils utilisent encore des cassettes audio. Je laisse Bala dans les bras d’une belle Uruguayenne et file au lit.</p>
<p style="text-align: justify;">Bala me secoue à 5h du matin&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">- Debout Geoffrey, la police est en bas, il m’est arrivé un truc de fou, il faut que tu traduises !</p>
<p style="text-align: justify;">- Zzzz…</p>
<p style="text-align: justify;">Petit résumé : après avoir dansé toute la soirée avec sa latina, Bala est d&#8217;excellente humeur. A la sortie de la Casa de la Musica, il se fait aborder par un garçon et deux filles. Ces dernières finissent par lui offrir plus ou moins leurs services – une chose malheureusement courante à Cuba. </p>
<p style="text-align: justify;">- Jamais je ne paierai pour une femme, annonce Bala.</p>
<p style="text-align: justify;">- Bon d&#8217;accord. Tu peux quand même nous payer une part de pizza ?</p>
<p style="text-align: justify;">Grand seigneur, il accepte : le pire fast-food du monde Rapido n&#8217;est qu&#8217;à deux pas, la part de pizza la pire du monde ne coûte rien, et lui-même a un petit creux.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout en mangeant, ils discutent et regardent ensemble les photos de l&#8217;appareil qu&#8217;il tient au poignet. Le jeune homme, qui bredouille un peu d’anglais, aide ensuite Bala à payer au comptoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n&#8217;est que lorsqu&#8217;ils sortent que Bala se rend compte qu&#8217;il n&#8217;a plus son appareil photo.</p>
<p style="text-align: justify;">- Tu as du l&#8217;oublier dedans, lui suggère le mac. Viens, je t&#8217;accompagne.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais à l&#8217;intérieur, aucune trace de l&#8217;appareil. Quand ils ressortent, les filles ont disparu… Bala comprend qu&#8217;il s&#8217;est fait rouler. Lorsqu’il évoque la police, notre larron commence à stresser.</p>
<p style="text-align: justify;">- Ce sont deux <em>putas</em>, je ne les connais même pas, je viens d’une une autre ville, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Il trouve opportunément un prétexte pour s&#8217;éclipser à son tour. Dans la rue, Bala cherche son itinéraire pour rentrer, égaré. L’homme qui lui indique la direction de notre <em>casa particular</em> n&#8217;est autre qu&#8217;un policier en civil. L’espagnol de Bala – le balagnol – est limité, impossible de conter sa mésaventure. C&#8217;est là que j’interviens.</p>
<p style="text-align: justify;">Même si on peut avoir légitimement des doutes sur cette histoire abracadabrantesque de pizza avec des prostituées à 5h du matin, il faut reconnaître à Bala un manque de chance évident : la même semaine il se fait empoisonner, vider 800 euros de son compte bancaire, et dérober son appareil photo. [Six mois plus tard, à Paris, il se fera alléger d’un ordinateur portable une nouvelle fois en ma compagnie].</p>
<div id="attachment_1536" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1536 " title="DSC_0326" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/02/DSC_0326-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">La pizza cubaine</p></div>
<p style="text-align: justify;">On comprend rapidement pourquoi tous les escrocs cubains prennent une telle mine déconfite à la moindre allusion policière : ici les forces de l’ordre ne plaisantent pas. Si les taux de la délinquance sont aussi bas, si on ne se sent jamais en danger dans les rues sombres, c’est que la répression du régime dictatorial est intense. Pourtant, si la violence est invisible, elle reste latente. En cas d’effondrement brutal du régime castriste, Cuba connaîtra certainement des flambées de violence à l’instar de ses voisines Haïti et la Jamaïque.</p>
<p style="text-align: justify;">Les policiers en civil nous réveillent quatre fois durant la matinée dans le cadre de l’enquête. Ils nous escortent en jeep jusqu&#8217;au au commissariat pour la déposition. Nous y croisons les employés du Rapido les yeux hagards qui ont été réquisitionnés pour interrogatoire – ainsi qu’une vieille alcoolique, une cliente qui certifie avoir vu Bala avec un travesti sur les genoux.</p>
<p style="text-align: justify;">- Pourquoi suis-je ici ? En quoi c’est ma faute si tu fais confiance aux homosexuels que tu ne connais pas ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les agents se donnent à fond. Ils nous déposent à la gare routière pour reporter nos billets d’autobus, avant de nous ramener au commissariat. Bala doit confondre des suspects alignés sous l’œil de témoins indépendants.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne doutons pas qu’ils vont retrouver les coupables sans tarder, surtout dans une ville de 45 000 habitants. Ces derniers sont promis à plusieurs années de prison. Et pourtant… les suspects ne ressemblent pas vraiment à la déclaration, n’ont pas les tatouages décrits, sont beaucoup plus vieux… Les photos des délinquants fichés sur le vieil ordinateur ne correspondent pas non plus. L’enquête piétine. On dirait que les policiers font du zèle, mais sans s&#8217;appliquer.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle aventure ! Nous ne sommes pas malheureux de quitter Trinidad. Il est toutefois convenu que j’y revienne deux semaines plus tard récupérer l’attestation du commissariat pour l’assurance.</p>
<div id="attachment_1535" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1535 " title="DSC_0571" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/02/DSC_0571-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Malecón de La Havane</p></div>
<p style="text-align: justify;">Nous profitons donc des derniers jours de Bala-la-poisse pour arpenter la capitale. La Havane, port clé du Nouveau Monde, est une ville de légende. Le centre historique &#8211; restauré grâce au tourisme &#8211; est creusé de somptueuses places coloniales pavées, et Bala se mord les dents d’être privé de photographie. Ailleurs, la Cité aux Mille Colonnes exhibe de hautes demeures aux façades délabrées, mal entretenues, insalubres. A tel point que cela lui donne parfois de petits airs mogadisciens, mais avec un charme certain.</p>
<p style="text-align: justify;">La plus grande ville des Caraïbes, écrasée de soleil, vibre au pouls des vagues, des rires et des sanglots, des accords de contrebasse, et des teufs-teufs de ses guimbardes. Le linge sèche aux balcons en fer forgé, et les fresques murales rendent gloire aux révolutionnaires héros. Peu importe de quelle façon vous parcourez le dédale des rues pleines de vie de La Havane, vous reviendrez toujours vous prendre des gifles d’embruns sur le Malecón, l’interminable promenade du front de mer. A toute heure, les Havanais y pêchent ou socialisent autour de la sacro-sainte bouteille de Havana Club. <a href="http://www.youtube.com/watch?v=6JEdf7XsV5g&amp;list=PLF407ED91FB2C42D7&amp;index=38&amp;feature=plpp_video" target="_blank">Ecouter cette petite vidéo pour vous mettre dans l’ambiance.</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a plusieurs incontournables dans cette ville, comme marcher dans les pas d’Hemingway : siroter un daiquirí  au Floridita avant d’aller siffler un mojito à la Bodeguita del Medio – les célèbres bars où ces deux illustres cocktails ont acquis leurs lettres de noblesse.</p>
<p style="text-align: justify;">En pleine représentation d’un orchestre de jazz sur la scène mythique de La Zorra y el Cuervo, avec une audience hypnotisée par la ferveur de la musique, un touriste français passablement éméché scande « <em>¡</em><em>Cuba libre!</em> ». C’est complètement déplacé. Personne ne mouche, et pourtant on s’attend à voir surgir de l’ombre à tout instant un membre de la police politique pour se saisir de ce trublion.</p>
<div id="attachment_1533" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1533  " title="DSC_1082" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/02/DSC_1082-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Bala et Onelia</p></div>
<p style="text-align: justify;">Entre deux visites, nous appelons notre taxi fétiche, une vieille Lada blanche. Sa quinquagénaire de conductrice, Onelia, distille une gentillesse intarissable, et contrairement à nombres de ses collègues n’est pas atteinte de la maladie de l’arnaque. Elle nous conduit à l’aéroport où nous récupérons Francis, autre compère de Dublin (déjà retrouvé au Brésil huit mois auparavant).</p>
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		<title>Cuba part. 1 &#8211; Salsa et empoisonnement</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 21:18:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>geoffrey</dc:creator>
				<category><![CDATA[* Le carnet de route]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour fuir cette invasion yankee, une solution radicale : un vol pour Cuba, où grâce à l’embargo de Kennedy toujours en vigueur le tourisme est proscrit pour les Américains.
Naviguer vers Cuba est un casse-tête : les ferries en partance du Mexique ont été supprimés, il faut trouver un voilier dans un port de plaisance, obtenir un titre de séjour à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour fuir cette invasion yankee, une solution radicale : un vol pour Cuba, où grâce à l’embargo de Kennedy toujours en vigueur le tourisme est proscrit pour les Américains.</p>
<p>Naviguer vers Cuba est un casse-tête : les ferries en partance du Mexique ont été supprimés, il faut trouver un voilier dans un port de plaisance, obtenir un titre de séjour à l&#8217;arrivée, trouver un autre bateau pour quitter le pays sans dépasser les 30 jours maximum. Mes deux ans de TDM touchent à leur fin et je ne suis plus à un vol près.</p>
<p>Le vieux Yakovlev Yak-42 de la Cubana est gravé d&#8217;inscriptions russes. Les grincements et la vapeur qui s’échappent du plancher alors qu&#8217;il s&#8217;élève dans les airs ne sont pas des plus rassurants. Auparavant j&#8217;ai caracolé aux quatre coins de l&#8217;aéroport de Cancún pour dénicher la fameuse &laquo;&nbsp;carte touristique&nbsp;&raquo;, pré-aperçu bureaucratique. Puis j&#8217;ai embarqué aux côtés de Cubains chargés de téléviseurs, de lecteurs DVD, d&#8217;enceintes et de pneus neufs.</p>
<p>J&#8217;avais imaginé à un choc culturel, un bond dans le passé dans l’un des ultimes bastions communistes sur terre. Je suis presque déçu en atterrissant dans un aéroport adapté à son époque. La première chose que j’aperçois est un magasin Swatch dans la zone internationale. Bouhhhh! J&#8217;ai tout de même droit à une première touche d’exotisme : ma carte Mastercard est rejetée niet par tous les distributeurs. Et ma Visa s’est périmée au Guatemala. Ni espèces, ni traveler&#8217;s cheque, ni banque, ni Western Union : je suis bloqué. Comment sortir de l&#8217;aéroport ?</p>
<div id="attachment_1525" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="https://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1525 " title="DSC_0580" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/01/DSC_0580-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Bala le touriste</p></div>
<p>Heureusement j’ai un atout de (petite) taille dans ma manche : mon ami Bala débarque en provenance de Paris CDG&#8230; une heure après moi ! En l’attendant je vois défiler les faciès slaves des passagers du vol de Moscou, et me prends à m’imaginer 30 ans en arrière, au plus fort de la coopération cubano-soviétique. Les techniciens de l’URSS étaient alors envoyés en renfort pour développer l’industrie de l’île. D’ailleurs mon amie moscovite Tatiana a grandi à Cuba.</p>
<p>J&#8217;empoigne un quotidien national, ambiance propagande de guerre froide. Nous ne sommes pas en 2011 mais en &laquo;&nbsp;l&#8217;an 53 de la révolution&nbsp;&raquo;. Les titres sont à la hauteur de mes attentes :<br />
- Raúl reçoit le président de l’Angola<br />
- Le poison de la CIA Nostra<br />
- XIIe congrès pédagogique au théâtre Karl Marx<br />
- Le câble optique entre le Venezuela à Cuba facilitera l’accès aux communications</p>
<p>Et puis le voilà le Bala et son grand sourire. Sa carte Visa Gold passe comme dans du beurre (il se rendra compte plus tard qu&#8217;elle aura disparu après ce premier retrait et que 800 euros auront été retirés). Bala, compère de la diaspora française de Dublin, vient me rejoindre pour une semaine de vacances sur ses miles Air France. En tant qu&#8217;auditeur interne pour Sanofi, il les accumule lors de ses missions aux quatre coins du monde.</p>
<p>Premières visions qui détonnent dans les rues mal éclairées du centre de La Havane : les splendides automobiles des années 50, et les gens qui font la queue pour les téléphones publics. Le téléphone portable arrive à peine, avec 10 ans de retard.</p>
<div id="attachment_1527" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="https://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1527 " title="DSC_0929" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/01/DSC_0929-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Plaza de la Revolucion, La Havane</p></div>
<p>Les affaires déposées, nous partons euphoriques pour un premier dîner dans le centre. Première rencontre près du Capitolio avec un frère et une sœur très sympathiques, même un peu trop à mon goût. Ils semblent ravis de discuter avec des étrangers.</p>
<p>- Oh vous avez de la chance, on fête aujourd&#8217;hui l’anniversaire de la mort de Compay Segundo, ce soir c’est carnaval Buena Vista Social Club !<br />
- C&#8217;est vrai ? Où ça ?<br />
- On va vous montrer, c’est dans un bar à côté d’ici, tiens justement on y allait.</p>
<p>Nous les suivons, enchantés d&#8217;avoir fait une si heureuse rencontre. Ils commandent des verres, deux mojitos pour nous, deux <em>Cuba libre</em> pour eux. Pourquoi pas ? <em>¡Salud!</em></p>
<p>Nous n’avons encore aucune notion des prix, mais quand ils nous recommandent de concert avec le serveur le plat du jour à 17CUC, un soi-disant délice de poisson au riz, ça semble hors budget. Pour le même restaurant, le Guide du Routard de Bala donne des prix de 5CUC en moyenne.</p>
<p>- Oui, mais il est vieux ton guide ! Les prix ont changé depuis. Il date de quand ?<br />
- 2011, c’est la toute nouvelle version.<br />
- Ah bon ? Ils ont du se tromper. De toute manière, c&#8217;est pas cher ici. Et tous les autres restaurants sont fermés à cette heure-là.</p>
<p>Il y a quelque chose qui cloche. Et si nous avions affaire à des arnaqueurs ? Ils offrent de nous vendre des cigares à prix d&#8217;ami. La sœur annonce qu&#8217;elle travaille dans une fabrique nationale, et qu&#8217;elle arrive à en sortir clandestinement. Méfiant, je demande à sentir ses mains. Et il faut admettre qu’il y a une petite odeur de tabac. </p>
<p>- Où est le festival dont vous avez parlé ? je demande.<br />
- Oh ça va venir, sois patient mon ami.<br />
- Il n’y a pas l’air d’avoir de fête ce soir.<br />
- Détends-toi un peu, on dirait un Allemand !<br />
- Ça sera où, sur la petite scène là ?<br />
- Deux millions de Havanais, un million de policiers, aucune raison de stresser ici !</p>
<p>Mais ces vaines tentatives, au lieu de nous mettre en confiance, nous mettent la puce à l’oreille. L&#8217;ambiance se refroidit. - Ça sent l’entourloupe à plein nez, dis-je à Bala. Ils doivent être de mèche avec le serveur pour faire gonfler les prix, et ils se prennent une belle commission.</p>
<p>- Oui d’ailleurs je sens bien qu’on va devoir leur payer leur verre !<br />
- C’est étrange, ils ont pris des Cuba Libre, et nous on a des mojitos. On n&#8217;a même pas eu le choix !<br />
- D’ailleurs il est infect leur mojito, il a un goût chimique.<br />
- Ils ont peut-être glissé du poison dans les verres ! dis-je en plaisantant.</p>
<p>A peine ma phrase prononcée, je me sens tout bizarre. La tête me tourne, et je commence à trembler.<br />
- Putain Bala, je me sens drogué !<br />
- Moi aussi !<br />
- Tirons-nous d’ici, sinon on va se faire dépouiller.</p>
<p>Mon premier réflexe est de me ruer aux toilettes pour me faire vomir. Mais la dame pipi me refuse l’entrée. Ma parole, c’est un complot général ! Nous leur annonçons que nous partons. &laquo;&nbsp;Déjà ?&nbsp;&raquo; Ils voient bien que nous avons démasqué leur petit jeu. Il faut croire que la police ne rigole pas dans le pays, car la peur se lit maintenant dans leurs yeux.</p>
<p>La note pour les verres &#8211; qui se sont prestement évaporés &#8211; est salée, mais nous n’avons qu’une idée en tête : fuir au plus vite. La perspective de tomber évanouis dans cet antre d’escrocs ne nous enchante guère. Nous réglons en vitesse et rejoignons la rue.</p>
<p>Heureusement nous n&#8217;avons bu que la moitié de nos verres. Le tournis ne dure pas longtemps. Une fois en sécurité, les détails nous apparaissent clairement peu à peu. Leur petit tour était bien rodé. Après vérification, Compay Segundo est mort en juillet, et non pas en janvier.<br />
C’est bien la première fois qu’on tente de m&#8217;empoisonner ! Eh bien, Cuba, ça promet !</p>
<div id="attachment_1528" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="https://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1528 " title="DSC_0552" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/01/DSC_0552-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Les Cubains aiment se faire photographier !</p></div>
<p>Nous partons le lendemain vers la partie occidentale de l&#8217;île. Si au Mexique je m’offusquais contre le monopole d&#8217;une grosse entreprise de transport, à Cuba c&#8217;est bien pire : nous autres vacanciers sommes parqués dans les bus chinois sur-climatisés et sous-suspendus de la compagnie d&#8217;État Viazul, et n&#8217;avons nul droit de covoyager avec les locaux à la cubaine. C&#8217;est une discrimination envers les étrangers ! Une discrimination coûteuse. Et c&#8217;est loin d&#8217;être la seule&#8230;</p>
<p>Un autre exemple est la monnaie. Il y a une monnaie pour les visiteurs, le CUC (peso cubain convertible), et une autre pour les Cubains, le <em>peso nacional </em>(peso cubain non-convertible). Les touristes sont uniquement autorisés à dépenser en CUC (se prononce &laquo;&nbsp;couc&nbsp;&raquo;), et les prix sont nettement gonflés par rapport à l&#8217;autre monnaie. L&#8217;art de nous soutirer le maximum de devises possibles est poussé à son paroxysme dans toute l&#8217;île. C&#8217;est rageant car du coup visiter Cuba est loin d&#8217;être bon marché. Nous avons la désagréable impression d&#8217;être pris pour des vaches à lait &#8211; autrement dit de nous faire enCUCquer en permanence.</p>
<p>Cuba, cette terre légendaire, nous tient en observation permanente. Il y a peu de voitures sur les routes, mais beaucoup d’auto-stoppeurs. Par la fenêtre défilent les terres en jachère. Où sont les kolkhozes ? Il y a beaucoup de cocotiers, quelques hectares de canne à sucre, des vergers de manguiers. Et puis de maigres vaches blanches. Un paysage typique d&#8217;Amérique tropicale, quoi.</p>
<p>Viñales est un paisible village multicolore, où le rocking-chair sur terrasse fait office de sport national. Mais à la descente du bus, c&#8217;est l&#8217;empoignade. Une foule de ménagères nous attendent en criant, une petite pancarte à la main. Que veulent-elles ? J&#8217;ai bien l&#8217;impression qu&#8217;elles ne se battent pour nos charmes, mais pour notre pognon. A peine extirpés du bus, nous nous frayons un passage à travers la cohue à coups de coude. En fait ce sont des habitantes qui nous proposent des chambres d&#8217;hôtes. A Cuba, les hôtels appartiennent au gouvernement : ils sont onéreux et le service est déplorable. Le gouvernement cubain a donc mis en place un système parallèle assez ingénieux : les <em>casas particulares</em>. Les touristes peuvent se loger à moindre frais chez l&#8217;habitant, et partager l&#8217;atmosphère familiale. Mais la concurrence est rude car l&#8217;offre est supérieure à la demande. Les familles hôtes devant s&#8217;acquitter d&#8217;une forte taxe mensuelle fixe, elles doivent accueillir un maximum de voyageurs pour rentrer dans leur frais.</p>
<div id="attachment_1526" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="https://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1526 " title="DSC_0707" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/01/DSC_0707-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Bala et notre famille d&#39;acceuil à Viñales</p></div>
<p>Bala me laisse négocier. Etant donné qu&#8217;il ne parle pas espagnol, je suis son traducteur officiel. L&#8217;essentiel est de trouver une maîtresse de maison sympathique et souriante, symptomatique de l&#8217;humeur de son foyer. Mission accomplie : une famille en or pour un accueil plus que chaleureux. Ils débutent dans le métier et ne sont pas encore blasés. Ils sont à nos petits soins.</p>
<p>La grand-mère esquisse quelques pas de salsa avec Bala et lui annonce : « Tu es mon fils». </p>
<p>Pendant le repas, copieux, le fils annonce : « La seule chose que j’aime à Cuba, c’est la liberté ». Heu pardon ? Sommé de s&#8217;expliquer, il dit entendre par là qu’il peut se promener où il veut dans sa ville sans problème. Voici un bel exemple de bourrage de crâne ! L&#8217;île n&#8217;est-elle pas deuxième au classement mondial du nombre de journalistes derrière les barreaux, juste derrière la Chine ? Au royaume de la censure et de la propagande, il n&#8217;y a ni liberté d&#8217;opinion, ni liberté politique, ni liberté d’expression, ni liberté de la presse, ni cyberliberté, ni liberté de réunion, ni liberté syndicale&#8230;</p>
<p>Privés de tout, les Cubains se rabattent sur la musique et l&#8217;amour. Et à Viñales comme dans toutes les villes de province, en soirée tout se passe à la Casa de la Musica. Un orchestre perce la nuit d&#8217;airs de salsa endiablés. Mais Bala et moi déprimons autour de nos mojitos : nous ne sommes clairement pas à la hauteur dansièrement parlant. Les <em>salseros </em>cubains, la peau cuivrée et les muscles bandés, font tournoyer les filles comme des toupies, lesquelles ne restent jamais bien longtemps assises. Les belles Suédoises sont sous le charme. C&#8217;est de la concurrence déloyale, les seules danses que nous avons apprises dans notre jeunesse étaient la danse des canards et la macarena !</p>
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		<title>Mexique part. 5 &#8211; Sur les eaux turquoises de la Riviera Maya</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Jan 2012 21:47:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>geoffrey</dc:creator>
				<category><![CDATA[* Le carnet de route]]></category>

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		<description><![CDATA[Campeche, ou la vie paisible caressée par les vagues. Les Frères de la Côte &#8211; une confrérie de pirates du XVIIe siècle &#8211; ne s&#8217;y étaient pas trompés. Je parcours en long et en large les ruelles de coquettes demeures coloniales aux tons pastel, encadrées par une vieille muraille. Je commence à avoir l&#8217;habitude, je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Campeche, ou la vie paisible caressée par les vagues. Les Frères de la Côte &#8211; une confrérie de pirates du XVIIe siècle &#8211; ne s&#8217;y étaient pas trompés. Je parcours en long et en large les ruelles de coquettes demeures coloniales aux tons pastel, encadrées par une vieille muraille. Je commence à avoir l&#8217;habitude, je ne sais pas si vous avez remarqué mais Campeche doit être au moins la cinquantième ville coloniale que je visite en Amérique Latine.</p>
<p style="text-align: justify;">Ici comme partout, les <em>casas de empeños </em>sont nombreuses : ce sont des prêteurs, sur gage ou non, aux taux complètement fantaisistes. Elles rachètent également l&#8217;or. Grâce à elles, les Mexicains peuvent acquérir de belles autos à crédit. Le plus incroyable c&#8217;est qu&#8217;il y a toujours la queue  à l&#8217;extérieur. On s&#8217;endette pour consommer sans hésiter.</p>
<p style="text-align: justify;">Ici, on sait s&#8217;amuser. Le réceptionniste de l&#8217;hostel à l&#8217;accent incompréhensible m&#8217;emmène à une soirée étudiante avec défilé carioca et élection de miss. Mais je suis surpris, c&#8217;est la moins belle qui est couronnée : une anorexique aux dents de travers qui se meut comme une crevette sur le podium. La 1ère dauphine est enrobée. En fait, toutes les autres prétendantes sont bien mieux. C&#8217;est à n&#8217;y rien comprendre, soit les membres du jury sont des vendus, soit les goûts des Mexicains sont sensiblement différents des nôtres. Je pencherais plutôt pour la seconde hypothèse. Malheureusement, ma grande timidité m&#8217;empêche d&#8217;aller consoler les jolies perdantes&#8230;</p>
<div id="attachment_1515" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1515" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/01/DSC_0311-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Carnaval de Mérida</p></div>
<p style="text-align: justify;">Je reprends la route, en bus cette fois, pour Mérida. La cité blanche, capitale du Yucatán, est en effervescence pour cause de carnaval annuel. Les danses folkloriques et les orchestres se succèdent sur la place centrale. Alors que je suis assis paisiblement sur un banc, les jambes croisées, un homosexuel vient me demander s&#8217;il peut me photographier &laquo;&nbsp;sans changer de position&nbsp;&raquo;. Décidément ! Incroyable le succès que j&#8217;ai au pays du macho moustachu.</p>
<p style="text-align: justify;">La &laquo;&nbsp;Riviera Maya&nbsp;&raquo; &#8211; l&#8217;équivalent de notre Côte d&#8217;Azur au coeur de la fameuse péninsule du Yucatán &#8211; m&#8217;appelle. Je reprends la route de nuit jusqu&#8217;à Tulum. Quatre heure du mat&#8217;, j’émerge d&#8217;un profond sommeil. Tiens le bus s&#8217;est arrêté. Une belle occasion pour aller se soulager dehors, somnolent, les cheveux en pagaille et les boules Quies toujours coincées dans les tympans. Je remonte&#8230; pour me rendre compte 20 kilomètres plus loin en regardant les panneaux qu&#8217;il s&#8217;agissait de mon arrêt.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;en touche deux mots au chauffeur qui me dit que si je veux descendre au prochain arrêt, je vais devoir payer en plus. Bien entendu, il veut se remplir les poches sur mon dos. Pas question, descends-moi ici, fils de chameau !</p>
<p style="text-align: justify;">Me voici donc le regard hébété devant mon gros sac au bord de la voie rapide qui longe la côte, une forêt tropophile de chaque côté, en pleine nuit noire. Ce ne sont pourtant pas les grands complexes hôteliers qui manquent dans la région. Manque de pot le lieu n&#8217;a pas encore été repéré par les promoteurs. Il n&#8217;y a rien, sauf des voitures et des camions qui passent à 120km/h.</p>
<div id="attachment_1517" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais"><img class="size-medium wp-image-1517" title="DSC_0504" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/01/DSC_0504-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">La Riveria Maya</p></div>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;aperçois toutefois quelques lumières au loin. Je m&#8217;approche, c&#8217;est un magasin de souvenirs, fermé bien sûr. Qui sait si je ne vais pas y trouver une bonne âme, un gardien de sécurité par exemple qui pourra me prêter un matelas pour finir ma nuit&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis accueilli en fanfare par&#8230; les chiens de garde qui m&#8217;assaillent. Je traverse la chaussée en catastrophe. Rien à faire d&#8217;autre que de suivre la route, en mode clandestin pour ne pas m&#8217;attirer les ennuis d&#8217;une bande de <em>desperados</em> ivres en pleine virée nocturne meurtrière. Finalement je déniche un petit emplacement invisible depuis la route, derrière une barrière de barbelés à quelques mètres de l&#8217;<em>autopista</em>. Le tapis de sol est déroulé sous les étoiles, entre les canettes vides et des bouts de ferraille. Un vrai petit paradis ! Mais je suis dans l&#8217;impossibilité de trouver le sommeil, entre le vacarme des voitures, les aboiements, l&#8217;inconfort, le stress d&#8217;être au milieu de nulle part, et les essaims de moustiques vibrionnants particulièrement assoiffés.</p>
<p style="text-align: justify;">Le jour se lève enfin sur mon bivouac de fortune, et je rejoins Tulum. En fait le site de Tulum est surtout réputé pour ses ruines précolombiennes surplombant une mer turquoise. Je rêvais d&#8217;y aller après avoir à maintes reprises admiré cet emplacement magnifique sur le planisphère des toilettes de la maison familiale. J&#8217;imagine <a href="http://www.youtube.com/watch?v=sR8I1nicYWo" target="_blank">les Mayas apercevant les galions espagnols s&#8217;approcher de la côte </a>pour la première fois, en 1518.</p>
<div id="attachment_1518" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1518 " title="DSC_0468" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/01/DSC_0468-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Cancun</p></div>
<p style="text-align: justify;">Si j&#8217;ai déjà expérimenté le tourisme à la chinoise ou à la mexicaine, le backpacking de masse en Thaïlande, je n&#8217;avais jamais vraiment encore été confronté à l&#8217;envahissement touristique américain. Bienvenue à Playa del Carmen, station balnéaire prisée par les <em>gringos</em>. Le spectacle est aussi drôle que déprimant.</p>
<p style="text-align: justify;">La fine fleur de l&#8217;Amérique profonde se promène sur la bien-renommée &laquo;&nbsp;5ème Avenue&nbsp;&raquo; et se paye du rêve, mais c&#8217;est plutôt un cauchemar. Grâce au voyage à forfait, ils sont passés de l&#8217;usine industrielle à l&#8217;usine touristique. Les prix en $ sont tout autant gonflés que leurs muscles et leurs fausses poitrines. On m&#8217;arrête dans la rue dans un accent californien pour me louer une voiture, me prendre en photo avec un singe sur l&#8217;épaule, ou me vendre un ticket de bateau pour une île sans charme. Bien sûr ils sont tous là : T.G.I. Friday&#8217;s, Walmart, McDonald&#8217;s, Subway, Johnny Rockets, Burger King&#8230; On trouve des hypermarchés de souvenirs niais et de sombreros multicolores. Un artiste qui dessine des planètes à la bombe dans la rue n&#8217;en finit plus de recevoir des dollars de pourboire. Ambiance consumériste. Ça ne donne pas vraiment envie de continuer mon périple vers le nord, j&#8217;ai bien fait de bifurquer vers l&#8217;est.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec les Chinois et les Américains en guise de maîtres du monde, que va-t-on devenir ? Si Playa del Carmen est mal famée le jour, elle est bien plus fréquentable de nuit : les Yankees sont repartis dans leur resort. Et la ville devient un temple de la vie nocturne cosmopolito-mexicain. Playa del Carmen, le meilleur endroit sur terre pour faire la noce ? Je ne m&#8217;en lasse pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis, je ne pouvais pas passer à côté de Cancún sans aller y jeter un coup d&#8217;oeil. C&#8217;est la station balnéaire américaine par excellence, Playa del Carmen puissance 10. Le lieu est idyllique, enfin&#8230; l&#8217;était il y a 50 ans. D’innombrables hôtels de luxe sont dorénavant alignés sur une longue langue de terre qui lèche la mer des Caraïbes. La zone hôtelière s&#8217;étend sur&#8230; 23 kilomètres de plages blanches !</p>
<div id="attachment_1516" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1516 " src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2012/01/DSC_0395-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Le West Inn de Cancun</p></div>
<p style="text-align: justify;">Je me faufile dans le dédale des couloirs luxueux de quelques grands hôtels 5 étoiles et me prélasse dans leurs piscines de rêve. Il faut avouer que la couleur de l&#8217;océan, turquoise au bleu transcendant, est incroyable. C&#8217;est l&#8217;une des plus belles plages au monde. Le climat est parfait, l&#8217;emplacement est idéal : juste en face de récifs coralliens. Les activités proposées sont nombreuses, avec toute une palette de sports nautiques, les ruines mayas à proximité, des spas, des golfs, des parcs d&#8217;attractions, de splendides cénotes (puits naturels aux reflets turquoise propices à la plongée), etc. Les promoteurs et tour-opérateurs s&#8217;y sont données à coeur joie.</p>
<p style="text-align: justify;">Oui mais&#8230; il y a trop de monde par ici. Derrière une belle facade, la surexploitation touristique dissimule ses dégâts. Tout ce béton est une offense à la nature. En longant la côte je croise des iguanes, une raie. Mais la sécurité du Club Med ne veut pas me laisser continuer : des caïmans squattent une mangrove à proximité, il y a danger.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de rejoindre l&#8217;aéroport international de Cancún, j&#8217;avale une dernière <em>torta</em> fromage-chorizo. Miam ! La graisse rouge me ruisselle dans les doigts. C&#8217;est un peu à l&#8217;image du pays : le meilleur et le pire se côtoient au sein d&#8217;une essence mexicaine insaisissable, mais qui laisse indéniablement des traces.</p>
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		<title>Mexique part. 4 &#8211; Pouce le long de la baie de Campêche</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Dec 2011 21:50:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>geoffrey</dc:creator>
				<category><![CDATA[* Le carnet de route]]></category>

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		<description><![CDATA[J&#8217;abandonne mon petit groupe sur la même plage le dimanche midi où ils repartent pour une journée de fiesta avec la glacière de nouveau remplie à ras bord.
- ¿ Qué hora es ?
- La hora de me lancer dans un grand périple en auto-stop.
Je ressens un grand besoin d&#8217;aventure et d&#8217;authenticité.

Ma légère appréhension s&#8217;envole en fumée [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">J&#8217;abandonne mon petit groupe sur la même plage le dimanche midi où ils repartent pour une journée de fiesta avec la glacière de nouveau remplie à ras bord.</p>
<div style="text-align: justify;">-<em> ¿ Qué hora es ?</em></div>
<div style="text-align: justify;">- <em>La hora </em>de me lancer dans un grand périple en auto-stop.</div>
<p style="text-align: justify;">Je ressens un grand besoin d&#8217;aventure et d&#8217;authenticité.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1501" title="DSC_0298" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/12/DSC_02981-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Ma légère appréhension s&#8217;envole en fumée après à peine cinq minutes d&#8217;attente. Je me retrouve dans la Jeep d&#8217;un jeune de 16 ans que son père capitaine lui laisse lorsqu&#8217;il part en mer. Quelques kilomètres plus tard, je grimpe à l&#8217;arrière d&#8217;un pick-up d’ouvriers mexicains en route pour un enterrement, le sourire triste. Et enfin, un vrai coup de bol : le Señor Gómez dans sa Grand Cherokee climatisée. C&#8217;est un ponte de la marine mexicaine, responsable de plusieurs navires, spécialiste de la sécurité maritime contre le narcotrafic, et délégué de son pays à l’ONU. J&#8217;apprends les derniers secrets d&#8217;état. [Maman-papa celui-là va sûrement venir à la maison, il veut visiter Paris]</p>
<p style="text-align: justify;">Les paysages me rappellent étrangement le Pantanal brésilien : une grande plaine herbeuse parsemée de marais, de vaches et de cocotiers. Une chance que le Señor Gómez se soit offert comme chauffeur : ce bond de plusieurs centaines de kilomètres m&#8217;évite de planter ma tente au milieu des caïmans. Il m&#8217;explique que le <em>ride</em> (auto-stop) est rare au Mexique, comme les touristes dans ces régions reculées. Alors quand il a aperçu un étranger, blond, seul, sur le bord de la route poussiéreuse un pouce en l&#8217;air, il a d&#8217;abord cru à une apparition et a du se frotter les yeux par deux fois.</p>
<p style="text-align: justify;">Défilent ensuite les plantations d’agrumes, de canne à sucre et d’ananas. Le Señor Gómez, malgré toute sa bienveillance, n&#8217;a toutefois pas d&#8217;autre choix que de me larguer sur le bord de l&#8217;autoroute, en pleine banlieue de Minatitlán. J&#8217;ai l&#8217;impression de débarquer au milieu d&#8217;une favela. Je ne suis pas rassuré, mais il vaut mieux en rigoler qu&#8217;en pleurer.</p>
<p style="text-align: justify;">- Mais qu&#8217;est-ce que je fous là ? Mais qu&#8217;est-ce que je fous là ?</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le <em>barrio</em> Insurgentes &#8211; un quartier de prolétaires &#8211; tout le monde a repéré l&#8217;étranger qui se promène avec sa grosse bouteille d’eau de 5L. Matez-moi ce gringo égaré ! Un jeune légèrement ivre me hèle dans la rue (si on peut appeler un chemin de terre rempli de détritus une rue). Je suis sur la défensive. Osiris, 20 ans et en pleine confiance, m&#8217;invite à manger une cuisse de poulet à la gargote du coin, et insiste tellement que je ne peux pas me dérober. De fil en conversation, après avoir pris connaissance de mon voyage insensé, je suis invité à passer la nuit dans la maison familiale. Je réfléchis 15 secondes. Le soleil est déclinant, et ça vaudra mieux que de monter mon bivouac au milieu du ghetto. D&#8217;accord ! On me donne sans chichis la chambre du père embauché sur un forage. Quelle hospitalité !</p>
<p style="text-align: justify;">Osiris travaille dans l&#8217;usine de Pepsi-Cola 70h par semaine. Une vie de chien et le coeur sur la main. Aujourd&#8217;hui dimanche, c&#8217;est son unique jour de repos hebdomadaire. Nous partons en virée à Mina, dont l&#8217;attraction principale est la raffinerie de pétrole près du fleuve d&#8217;où s&#8217;extraient de grosses fumées. Je teste toutes les spécialités locales, mais jamais, ô grand jamais je n&#8217;oublierai l&#8217;épi de maïs chaud saupoudré de fromage et de ketchup.</p>
<div id="attachment_1500" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1500 " title="DSC_1098" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/12/DSC_1098-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Osiris (au centre) et ses amis</p></div>
<p style="text-align: justify;">Osiris est super fier de me présenter à tous ses amis. Dont certaines phénomènes :</p>
<p style="text-align: justify;">- Comment tu t&#8217;appelles ? me demande l&#8217;un deux.<br />
- Geoffrey. Et toi ?<br />
- Tu veux connaître mon nom de jour ou de nuit ?<br />
- Heu&#8230; les deux ?<br />
- Francisco de jour, Harumi de nuit.<br />
- Harumi ?<br />
- C’est mon surnom japonais, je me travestis en geisha.</p>
<p style="text-align: justify;">Je porte malchance. Une demi-heure après mon passage, l&#8217;épicerie de la belle-mère d’Osiris se fait braquer à 50m de la maison par des truands cagoulés : la recette entière du week-end s&#8217;envole en fumée.</p>
<p style="text-align: justify;">La journée du lendemain commence idéalement : un ouvrier local n&#8217;hésite pas à piler dans un crissement de pneus sur l&#8217;autoroute et à faire faire 100m de marche arrière à son vétuste pick-up pour me récupérer. Je cours vers mon bon samaritain. Moustache garnie, lunettes de soleil à la Johnny Knoxville, coude à la portière, et mélodies folkloriques chantées à tue-tête. La vie en rose. Décidément, le stop c&#8217;est enfantin dans ce pays ! Mais je tombe des nues une fois passé dans l&#8217;État de Tabasco &#8211; réputé pour ses piments.</p>
<p style="text-align: justify;">On me lâche à l&#8217;entrée de Villahermosa sur une espèce de périphérique. Alors commence la vraie galère : à l&#8217;entrée des villes, personne ne prend les stoppeurs. Une heure à rôtir sous un soleil de plomb, les gouttes de sueur ruissellent sur mon front. Le sourire est forcé, je me décourage, aucun bus ne va dans ma direction, j&#8217;hésite même à prendre un taxi c&#8217;est pour dire. Or la règle d&#8217;or dans le métier : ne jamais perdre espoir, tout vient à point à qui sait attendre le pouce en l&#8217;air.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1502" title="DSC_0746" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/12/DSC_0746-300x255.jpg" alt="" width="300" height="255" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Alors que je rêve de banquise, une voiture s&#8217;arrête sous mon nez. Mon sauveur est chirurgien, la cinquantaine, obèse, et manifestement homosexuel. Il ponctue chacune de ses phrases d’une petite tapote sur mon bras ou ma cuisse. Je comprends rapidement pourquoi il fait halte : l’appât de la chair fraîche et de l’exotisme, l&#8217;espoir du donnant-donnant. Au bout d’une minute, j&#8217;ai droit à la question préférée des Mexicains :</p>
<p style="text-align: justify;">- Est-ce que tu mets des capotes ?</p>
<p style="text-align: justify;">Bon je commence à m’habituer, c’est un peuple très sexuel.</p>
<p style="text-align: justify;">- Oui bien sûr, surtout l&#8217;hiver lorsqu&#8217;il fait froid.</p>
<p style="text-align: justify;">La conversation suit son cours, mais je m’attends au pire. Je me demande bien comment il va tenter de parvenir à ses fins.</p>
<p style="text-align: justify;">- Ce que j’aime chez toi « chofrrré » (ils ont du mal avec Geoffrey), c’est que tu es sain de corps et d’esprit.<br />
- Tu fumes ? demande-t-il.<br />
- Non.<br />
- Et la marijuana ?<br />
- Non plus.<br />
- Tu as déjà essayé la cocaïne ?<br />
- Non.<br />
- Et l’héroïne ?<br />
- Non.<br />
- Et les relations homosexuelles ?<br />
- ?!!!? Non !</p>
<p style="text-align: justify;">- Pourquoi, par manque d’opportunité ?<br />
- Non, c’est pas mon truc, c&#8217;est tout.<br />
- Comment tu peux en être sûr si tu n’essaies pas ? insiste-t-il.<br />
- J&#8217;aime trop les femmes.<br />
- Tu sais, il ne faut jamais dire jamais, peut-être tu y prendrais goût. T&#8217;as faim ? Tu veux qu’on aille manger ensemble ?<br />
- Non j’ai déjà mangé (même si la faim me terrasse)<br />
- T’es sûr ? Tu sais tu peux rester une soirée à Villahermosa et repartir demain, pas de problème je t’héberge.<br />
- Non merci je dois absolument continuer ma route aujourd’hui, on m&#8217;attend.<br />
- Bon voici mon numéro. S’il se passe quoi que ce soit ou si tu ne trouves pas de voiture, appelle moi, dit-il un peu déçu.</p>
<p style="text-align: justify;">Ouf. Je m&#8217;extirpe de la voiture avec soulagement. C&#8217;est traumatisant de se faire draguer ! N’empêche qu&#8217;il me donne un bon coup de main &#8211; au sens figuré bien sûr &#8211; car il me dépose sur la route de Campêche, pas évidente à trouver et j’en étais très loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Mon bienfaiteur suivant est de toute évidence pétri de la même pâte.</p>
<p style="text-align: justify;">- ¡ <em>Eres bien bonito</em>, Geoffrey ! (tu es bien mignon)</p>
<p style="text-align: justify;">Il me répète cette phrase trois fois. A nouveau, je joue le rôle de l’hétéro très terre à terre qui ne saisit rien des allusions.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1503" title="DSC_0738" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/12/DSC_0738-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Le stop est un moyen de transport économique, écologique et social. Au bout du 8ème lift, alors que le soleil plonge, j’accuse le coup sérieusement : être en discussion permanente avec ses covoyageurs est éreintant. C’est comme répondre à un interrogatoire toute la journée, et toujours plus ou moins les mêmes questions.</p>
<p style="text-align: justify;">Un type très sympathique me propose de planter ma tente… sur le terrain de lavage de voitures de sa sœur à Frontera. Un petit coin d’herbe impeccable, un grillage, un chien de garde, un mouton chargé de tondre la pelouse (le chien rêve de le bouffer), et un tuyau d’arrosage pour prendre une douche au milieu des bulles de savon, le tout en plein centre ville : c’est le bonheur. J’ai même  droit à la visite de toute la famille propriétaire qui s&#8217;assure que je suis confortablement installé.</p>
<p style="text-align: justify;">Le lendemain matin, surprise. Alors que je n’ai pas vu un seul pouceux depuis quelques mois, je rencontre une douzaine de collègues sur le bord de route en sortie de ville : des jeunes hommes répartis en petits groupes qui partent travailler à Ciudad del Carmen &#8211; la grosse ville du coin. Ils ont l’air d’attendre depuis perpète et personne ne s’arrête.</p>
<p style="text-align: justify;">Loi du dernier arrivé oblige, je me poste un peu plus loin en solitaire sur l&#8217;accotement. J’ai un avantage, je suis étranger. Je n&#8217;attends pas bien longtemps. Je me fais embarquer par José, un jeune entrepreneur du nord, qui déménage par ici avec sa famille pour fuir la vague de violence. Il a 24 ans et un gros pick-up flambant neuf : il travaille lui aussi dans les hydrocarbures. Les étendues verdoyantes et les marais sont parsemés d&#8217;oiseaux blancs. Un paradis pour tout le monde : les états de Tabasco et de Campeche regorgent d’or noir, de têtes de cheval qui sucent le sous-sol et de plateformes offshore.</p>
<p style="text-align: justify;">Justement en parlant de ça, José se rend compte que son réservoir sonne creux. Nous sommes à quelques gouttes de la panne sèche. Retour à Frontera pour le plein de carburant. Puis repassage devant tous les auto-stoppeurs qui m’ont reconnu et s’agitent sur le bord de la route. Tant qu&#8217;à faire, autant les embarquer se dit José. Ils s’entassent tous à l’arrière du pick-up, ravis de l’aubaine, et m&#8217;offrent de larges sourires, persuadés que j’ai plaidé en leur faveur. Je conserve mon statut de privilégié dans la cabine climatisée. De temps à autres, l&#8217;un d&#8217;eux cogne à la vitre pour descendre.</p>
<p style="text-align: justify;">Ici, l&#8217;absence de radars et la corruption de la police induisent le non-respect des limitations de vitesse. Les villageois se font donc justice eux-mêmes : un nombre incalculable de dos d’âne artisanaux en béton font le dos rond, et sursauter les travailleurs précaires à l&#8217;arrière.</p>
<p style="text-align: justify;">Les terres se déshydratent peu à peu. Est-ce à force de vider la terre de sa moelle ? Nous parvenons à Ciudad del Carmen, royaume de Pemex et des assoiffés de brut. La découverte des gisements pétrolifères a engendré un véritable boom sur cette ancienne île paradisiaque. Mais telle les cités minières, Ciudad del Carmen est prédestinée à péricliter le jour où on ne remplira plus suffisamment de barils.</p>
<p style="text-align: justify;">Le prochain tronçon, je le fais en compagnie d&#8217;un pêcheur afro-mexicain qui va chercher sa cargaison de poisson au marché : le transport de poissons est plus rentable que la pêche elle-même. Il me dépose plus loin, devant une minuscule paillote installée sur une plage déserte au sable blanc bordant une eau turquoise. Le rêve. Pendant que la <em>mama</em> me cuisine un appétissant poisson frais, je cours faire la planche dans l’eau chaude délicieuse baignée de soleil. Avant de me faire sécher dans un hamac tout en suçant les arrêtes de ma poiscaille.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1499" title="DSC_0405" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/12/DSC_0405-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Mmm… quel bonheur le stop ! C’est l’avantage sur le bus : je peux m’arrêter où je veux, c’est gratuit, je rencontre des locaux sympathiques, et je suis libre ! Bon il faut avoir le temps. A la fin de la journée, un camion de transport de poussins me dépose à l’embranchement entre la nationale et la route qui rejoint Campeche. J’aurai vraiment eu de tout, au total 15 chauffeurs en 3 jours : prospecteur pétrolier, transporteurs de poissons et de poussins, ferrailleurs, serveur de fast-food, commandant militaire, ouvriers, technicien de raffinerie, chirurgien, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">J’arrive devant un barrage de police. Les deux moustachus &#8211; PM au poing &#8211; sont abasourdis d’apprendre que j’arrive de Veracruz en auto-stop avec mon gros sac, et me photographient avec leurs portables. C’est limite s’ils ne me demandent pas un autographe. Ils arrêtent une voiture qui passe et intiment l’ordre au conducteur de m’escorter jusqu&#8217;au centre-ville de Campeche.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le balcon de mon hôtel, situé idéalement sur le <em>zócalo</em>, face à la cathédrale que les rayons du soleil couchant viennent illuminer en cet après-midi parfaite, je savoure ma victoire : quel bonheur de se fixer un objectif et d’y parvenir, tout en vivant des moments superbes ! J&#8217;ai mérité un vrai matelas, une douche chaude, et un bon dîner. Me voilà définitivement réconcilié avec le Mexique.</p>
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		<title>Mexique part. 3 &#8211; Plages polluées et mariachis</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Nov 2011 21:04:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>geoffrey</dc:creator>
				<category><![CDATA[* Le carnet de route]]></category>

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		<description><![CDATA[Après mes déboires de Oaxaca et la mauvaise hospitalité de Clémence, j’ai le moral au plus bas. A quoi bon continuer à voyager ? Les trois derniers mois ne seront-ils que calvaire ? A Puebla, je vois la vie en gris. Mon hôtel est cher, la solitude me pèse, et la ville n&#8217;a rien de sensationnel. Rien ne va plus, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Après mes déboires de Oaxaca et la mauvaise hospitalité de Clémence, j’ai le moral au plus bas. A quoi bon continuer à voyager ? Les trois derniers mois ne seront-ils que calvaire ? A Puebla, je vois la vie en gris. Mon hôtel est cher, la solitude me pèse, et la ville n&#8217;a rien de sensationnel. Rien ne va plus, faites vos jeux.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est au bord du fond du trou que ma bonne étoile va se manifester. Sous la forme d&#8217;un petit asiatique de 51 ans. Je recroise par hasard Dan l&#8217;Américano-Viet, celui-là même qui s&#8217;était fait séquestré dans une voiture au Nicaragua. Dan est adepte du voyager-lentement-pour-voyager-mieux. Il me convainc de rester quelques jours supplémentaires à Puebla, l&#8217;une des plus belles villes d&#8217;Amérique selon lui. Comme moi, il remonte tout le continent. Le plus drôle c’est que nous avons commencé tous les deux en même temps onze mois plus tôt en Argentine, et ne nous sommes jamais croisés avant le Mexique. Sa bonne humeur est contagieuse. Je retrouve mon moral au beau fixe : ça fait du bien d&#8217;avoir un ami !</p>
<p style="text-align: justify;">De ce fait, ma perception de la ville change du tout au tout. Je me rends compte que Puebla de los Ángeles &#8211; bien que boudée par les touristes &#8211; possède d&#8217;indéniables charmes, avec ses murs en faïences et son imposante cathédrale. On y recense pas moins de 2600 édifices historiques : c&#8217;est beaucoup pour une ville du Nouveau-Monde ! La légende raconte que ce sont les anges eux-mêmes qui l’ont créée. J&#8217;apprends que les Français s&#8217;y sont battus il y a 150 ans, et que la benjamine de la fratrie des Volkswagen Coccinelle (la 21.559.464ème) y est née en 2003.</p>
<div id="attachment_1481" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1481" title="Taxi Coccinelle" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/11/DSC_0488-300x185.jpg" alt="" width="300" height="185" /></a><p class="wp-caption-text">Taxi Coccinelle</p></div>
<p style="text-align: justify;">Nous flânons sur les pittoresques places coloniales, entre les peintres et les antiquités. Et surtout je découvre la vraie gastronomie mexicaine. Pas du tout ce à quoi je m&#8217;attendais. Oubliez les <em>fajitas</em> et le <em>chili con carne</em>, qui sont des plats Tex-Mex et non mexicains, mais goûtez plus à la spécialité culinaire de Puebla : le <em>mole poblano</em>, une sauce au chocolat et aux piments, prisée pour accompagner les viandes. La recette aurait été conçue par des nonnes passionnées de cuisine dans l&#8217;obscurité de leur couvent.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est tout vu : la guérison de la déprime de l&#8217;exil devra passer par une meilleure compréhension du pays et de nouveaux liens sociaux salvateurs. Je profite donc de ma semaine à Puebla pour rencontrer des jeunes Mexicains, tous plus sympathiques les uns que les autres. Ce peuple nous ressemble, en ce sens qu&#8217;ils n&#8217;apprécient rien tant que les petits plaisirs de la vie : la musique, la fête (à Puebla les bars sont pleins même le mardi), l’alcool, la nourriture et l’amour &#8211; au sens noble du terme. D&#8217;ailleurs ce sont d&#8217;incorrigibles romantiques. Il est courant pour un prétendant de louer les services d’un groupe de <em>Mariachis</em> pour aller fredonner une sérénade sous le balcon d’une belle. Et une fois conquise, il faut la gâter continuellement. Les petits détails permettront de ne pas se la faire chiper : par exemple, si l&#8217;on tient la main de sa brune sur le trottoir, il ne faut pas la placer côté rue mais côté maisons : ce sont les prostituées qui marchent le long de la chaussée.</p>
<p style="text-align: justify;">A Cholula, ville annexe de Puebla située au pied d&#8217;un volcan, une jolie étudiante nommée Marianne me sert de guide. Là où je n&#8217;aurais vu qu&#8217;une colline, elle m&#8217;explique que se trouve en fait la plus grosse pyramide du monde ! Elle a été en partie détruite par les Espagnols pour en extraire les pierres afin de construire leurs églises. Dont la baroque Nuestra Señora de los Remedios qui trône au sommet de la colline-pyramide, érigée en symbole de la supériorité du catholicisme sur les cultes autochtones. J&#8217;apprends également qu&#8217;un terrible génocide s&#8217;est déroulé ici : en 1519, le conquistador Hernán Cortés et son armée liquidèrent des milliers de civils Cholultèques en quelques heures.</p>
<div id="attachment_1483" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1483 " title="DSC_0922" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/11/DSC_0922-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Puebla</p></div>
<p style="text-align: justify;">Certains de mes nouveaux amis me proposent ensuite un weekend à la mer en leur compagnie, à Veracruz. Ça tombe bien, c&#8217;est sur ma route ! Me voici parti dans un van à l&#8217;américaine avec six jeunes de mon âge dans la joie et la bonne humeur : Sam, Fernando, Alejandra, Lety, Margarita et Lilu. Nous descendons des fraîcheurs du grand plateau de l’Anâhuac vers le climat tropical du golfe du Mexique. 4h d’autoroute plus tard, nous échouons au beau milieu d&#8217;un fraccionamiento. Le <em><a href="http://www.facebook.com/photo.php?fbid=203434899717559&amp;set=a.167881299939586.41356.100001531504459&amp;type=3&amp;l=b35d7505a5&amp;theater" target="_blank">fraccionamiento</a></em> est un concept très répandu au Mexique : d&#8217;immenses lotissements de banlieue composés de milliers de bicoques identiques juxtaposées. La nôtre sert de maison de vacances à la famille de Sam. Ce qui illustre un fait indéniable : le vacancier mexicain se satisfait de peu.</p>
<p style="text-align: justify;">Veracruz est un port chargé d&#8217;histoire, avec une agréable promenade en bord de mer, le Malecón. Mais il fait chaud, et nous enchaînons directement sur la plage : l&#8217;une des plus moches et polluées plages que j’ai jamais vues. Encore une chance qu&#8217;elle ait été épargnée par la marée noire de Deepwater Horizon quelques mois plus tôt ! Les restaurants et paillotes ont pris le contrôle du sable grisâtre, il ne reste plus un coin de libre où poser les serviettes sans que des serveurs viennent prendre la commande. Le mieux reste donc de négocier une table avec l&#8217;autorisation de boire ses propres consommations. Mes amis ont prévu l&#8217;essentiel : une glacière soigneusement remplie à ras bord de Corona et de tequila.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est parti pour le grand rituel, qui va durer toute l&#8217;après-midi :</p>
<p style="text-align: justify;">-<em> ¿Qué hora es ?</em> (Quelle heure est-il ?)</p>
<p style="text-align: justify;">Et tout le monde de s’écrier en cœur en levant son verre :<br />
- <em>La hora de chupar !</em> (L&#8217;heure de picoler !)</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_1489" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1489 " title="veracruz" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/11/veracruz-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a><p class="wp-caption-text">Sur le Malecón de Veracruz</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le pire, ce n&#8217;est pas le vent qui donne la chair de poule. Ni le serveur du restaurant qui nous harcèle pour nous refourguer ses fruits de mer. Le pire, c&#8217;est que toutes les trente secondes, un énième vendeur ambulant fait irruption en criant et nous plante sous le nez sa marchandise : crevettes, bijoux de pacotilles, modèles réduits de bateaux, boissons, cacahuètes, chewing-gums, vêtements, … Leur imagination est sans limite. Une plage comme celle-ci serait désertée en France en deux minutes chrono, mais les vacanciers mexicains sont ravis, de bonne humeur. Ils dépensent sans compter.</p>
<p style="text-align: justify;">Boire, boire, boire. J’ai du mal à suivre le rythme local. La tradition semble exiger de trinquer toutes les deux minutes, c&#8217;est-à-dire à chaque fois que l’un d’entre nous pense à crier :</p>
<p style="text-align: justify;">-<em> ¿Qué hora es ?</em></p>
<p style="text-align: justify;">- <em>La hora de chupar !</em></p>
<p>Les mariachis et autres musiciens du nord ambulants rodent également et proposent un nombre incalculable de chansons populaires. Le titre se joue sur commande. Louer leurs services n&#8217;est pas donné, mais les Mexicains n’hésitent pas longtemps, pour quelques chansons que tous reprennent en cœur.</p>
<div id="attachment_1482" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/11/DSC_0905.jpg" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1482 " title="DSC_0905" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/11/DSC_0905-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Le Mexique face à son histoire</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le soir nous finissons dans un bar dansant à la mode plein à craquer, surtout quand on voit double. Les charmantes <em>veracruzanas</em> font mentir l&#8217;adage selon lequel au Mexique toutes les jolies filles viennent du nord. Et c&#8217;est reparti pour des commandes de bassines de Coronas jusqu’à plus soif. Enfin, tout ça c’était avant le drame, bien entendu. Avant le strip-tease légendaire de Sam sur le dancefloor. La foule est en délire. Au moment crucial d&#8217;enlever son caleçon debout sur une chaise tout en se frottant à une fille, il se fait alpaguer par les videurs. Mais les spectateurs se rebellent contre la sécurité, ce sont des centaines de cris et de sifflets, la tension est à son comble. Sam est porté en héros. Nous sommes tout de même invités à évacuer les lieux fissa.</p>
<p style="text-align: justify;">Or le serveur ne veut pas nous donner les bons de sortie car nous n&#8217;avons pas payé le service. Et puis quoi encore ! En sortant, la batterie est à plat. Nous trouvons une bonne âme pour nous rejuter. Je ne suis pas rassuré de voir Sam conduire après tout ce qu’il a bu. Plus personne ne se souvient du chemin, nous nous perdons dans les banlieues louches&#8230; Pas de quoi inquiéter les Mexicains, qui sont enrobés d&#8217;une gaieté permanente à toute épreuve ! Et c&#8217;est ça leur force : ils se contentent de peu, et se stressent pour encore moins.</p>
<p style="text-align: justify;">Un optimisme à toute épreuve : voilà exactement ce dont je vais avoir besoin. Car je m&#8217;élance pour un nouveau défi : rejoindre Campeche en auto-stop en solitaire, à plusieurs jours de distance.</p>
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		<title>Mexique part. 2 &#8211; Quetzalcoatl sur la Pyramide de la Lune</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Nov 2011 12:59:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>geoffrey</dc:creator>
				<category><![CDATA[* Le carnet de route]]></category>

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		<description><![CDATA[Avant de quitter San Cristóbal de Las Casas, j&#8217;allume un cierge dans la cathédrale pour solliciter la protection de Saint Christophe, saint patron des voyageurs.
Au &#171;&#160;central&#160;&#187;, je me heurte au monopole d’une compagnie de bus aseptisée vers laquelle tous les étrangers sont systématiquement aiguillés. C’est sans compter sur ma perspicacité pour voyager local, peu importe si [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Avant de quitter San Cristóbal de Las Casas, j&#8217;allume un cierge dans la cathédrale pour solliciter la protection de Saint Christophe, saint patron des voyageurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Au &laquo;&nbsp;central&nbsp;&raquo;, je me heurte au monopole d’une compagnie de bus aseptisée vers laquelle tous les étrangers sont systématiquement aiguillés. C’est sans compter sur ma perspicacité pour voyager local, peu importe si je dois cheminer 5 km avec mon gros sac sous le soleil cuisant pour trouver le bon bus. Mes meilleurs voyages sont sans conteste les moins conventionnels. Je n’aime rien tant qu’un bus centenaire surchargé qui transporte des lamas, des poulets, des paysans colorés, la musique à fond, sans suspension, et qui tombe en panne toutes les dix minutes.</p>
<p style="text-align: justify;">Tuxla. 6h30 de trajet. Dans un village, un péage archaïque rançonne les véhicules de passage pour contribuer à&#8230; la restauration de l’église ! Les paysages infinis s’aridifient peu à peu. La jungle se dissipe, au profit de forêts d’éoliennes qui brassent du vent brûlant. Tehuantepec. C&#8217;est à cet endroit que le Mexique est le plus étroit. L&#8217;isthme de Tehuantepec sert de limite géographique entre l&#8217;Amérique du Nord et l&#8217;Amérique centrale.</p>
<p style="text-align: justify;">7h de plus. Les montagnes et les cactus font leur apparition dans un décor pour western. Je m&#8217;attends à voir surgir les Sept Mercenaires entre deux plantations de maguey, la seule chose qui pousse dans cette fournaise. Les paysans en sombrero en extraient le mezcal, un cousin de la tequila.</p>
<p style="text-align: justify;">Oaxaca. Mon estomac n&#8217;a pas digéré les derniers antibiotiques, pourtant supposés le calmer. Je me froisse avec une boulangère du marché d&#8217;Oaxaca qui tente de m&#8217;escroquer. J’ai une envie subite de lui balancer le petit pain par la tête. Mais la violence ne résout rien &#8211; sauf à Juárez. Plus tard, l&#8217;employée du cyber-café échoue dans la gravure de mes photos et ruine mes deux DVDs vierges. Puis, dans un autre internet café, je fends malencontreusement une chaise en plastique que l&#8217;on tente de me faire payer au prix fort. VDM</p>
<div id="attachment_1457" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1457 " title="DSC_0342" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/11/DSC_0342-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Oaxaca</p></div>
<p style="text-align: center;">
<p style="text-align: justify;">Heureusement mon humeur est sauvée par la rencontre d&#8217;un Français bien sympatique vivant à Guadalajara depuis 4 ans, Jean-Jacques. Rien de tel pour découvrir ce pays que le regard d&#8217;un compatriote fiancé à une mexicaine. Dans un temple centenaire de la vieille ville dédié au mezcal, nous refaisons le monde entre les lampées du précieux liquide, en même temps que les passionnés qui nous entourent. Une affiche au-dessus du comptoir donne le ton : « <em>el tequila es para mujeres, el mezcal para ti</em> » (la tequila c&#8217;est pour les femmes, le mezcal c&#8217;est pour toi). Oubliez le citron vert, le mezcal se déguste avec des rondelles d&#8217;orange et du sel pimenté.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>¡Ay, caramba! </em>Ça réchauffe.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean-Jacques me raconte que son beau-père mexicain collectionne les bouteilles de tequilas. C’est un véritable fada : il en a plus de 1100 sur les 1200 modèles répertoriés. Certains sont rarissimes et valent une fortune. A chaque occasion, ses amis et sa famille se surpassent pour lui dénicher des crus introuvables. A chaque fois qu’on lui offre une nouvelle bouteille, s&#8217;il ne l&#8217;a pas encore &#8211; ce qui est très rare &#8211; elle rejoint les étagères de la collection, sinon elle est décapitée et bue sur le champ.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la rue, comme à chaque fois que je regarde un spectacle de rue, le clown me repère et m&#8217;invite à me ridiculiser devant une foule qui rit aux éclats. Evidemment je suis la proie de choix, le seul blond parmi une centaine de petits mexicains. Cette fois-ci le showman jongle avec des machettes au dessus de ma tête alors que je suis allongé sur le sol.</p>
<p style="text-align: justify;">Et pour finir en beauté cette journée qui avait si mal commencé : nous sommes réquisitionnés pour pousser une vieille Coccinelle &#8211; &laquo;&nbsp;el vocho&nbsp;&raquo;, le symbole du Mexique &#8211; qui finit par démarrer dans une pétarade de fumée noire, avant de tourner au coin.</p>
<p>Oaxaca-Mexico, 7h de bus supplémentaires. La compagnie de seconde classe a investi dans un autocar luxueux pour renouveler sa flotte. Mes voisins, qui n’avaient encore jamais posé leurs fesses sur des sièges en cuir, sont sur le cul. Un passager demande au chauffeur de s’arrêter pour la pause-pipi. Ce dernier s&#8217;empare du micro :</p>
<p style="text-align: justify;">- Mesdames et messieurs, nous ne ferons pas de pause, merci d’utiliser les toilettes du bus.</p>
<p style="text-align: justify;">Outre la présence miraculeuse d&#8217;un micro, cette annonce provoque la stupéfaction générale :</p>
<div style="text-align: justify;">- Quoi ? Des toilettes dans le bus ?</div>
<div style="text-align: justify;">- Où ça ?</div>
<div style="text-align: justify;">- C’est la petite boîte là ?</div>
<div style="text-align: justify;">- Non, ça c’est la machine à café.</div>
<p style="text-align: justify;">Tous les passagers se retournent et cherchent les cabinets des yeux, avant de comprendre au bout d’une minute qu&#8217;ils sont situés dans les escaliers au milieu de l’autocar.</p>
<div id="attachment_1459" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1459 " title="DSC_0473" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/11/DSC_0473-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Musicien aveugle de México</p></div>
<p style="text-align: justify;">Arrivé à México D.F., les yeux me piquent. L&#8217;une des trois plus grandes villes du globe (en ballottage avec Tokyo et New York, selon la définition de ville) est réputée pour sa pollution atmosphérique. Une légende aztèque prévoyait déjà il y a 500 ans que México-Tenochtitlan deviendrait la ville la plus grande et peuplée au monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Je rejoins Clémence, une Française rencontrée lors de la visite de Tikal, qui m’a invité à squatter dans sa collocation. La première soirée est <em>francesa</em>, avec du saucisson sec, du comté, du camembert, du vin du bled. Vingt dieux que c&#8217;est goutu la gastronomie française ! Et pour célébrer l&#8217;Épiphanie, nous attaquons la galette des rois. Rien à voir avec la nôtre, la <em>rosca de reyes</em> est un anneau de brioche parfumée à l’orange. Les invités <em>defeños</em> n&#8217;ont pu s&#8217;empêcher d&#8217;ajouter une touche locale supplémentaire : du figuier de Barbarie, un cactus gluant verdâtre, pour courageux.</p>
<p style="text-align: justify;">Les Mexicains digèrent quatre repas par jour : le <em>desayuno</em> (petit déjeuner), l&#8217;<em>almuerzo</em> à 11h, puis la <em>comida</em> (un gros déjeuner) à 14h, et enfin la <em>cena -</em> un dîner très léger. Résultat, les restaurants et friteries de trottoir sont constamment assaillis, et donnent l&#8217;impression que l&#8217;on s&#8217;empiffre à longueur de journée. La nourriture mexicaine, dégoulinante de graisse et de fromage &#8211; comme les <em>tortas al pastor </em>- ne m&#8217;enchante guère. Et même la grande spécialité de la capitale, le <em>pozole</em>, me déçoit. Il est d&#8217;ailleurs difficile de trouver des fruits dans les épiceries des centres villes. Ecoutez cette statistique pêchée dans le journal de Tuxtla : 70% des habitants des Chiapas sont obèses. J&#8217;ai bien l&#8217;impression cependant que ces derniers ont des prédispositions génétiques au surpoids héritées des peuples méso-américains&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">En bon touriste je découvre donc México, son Zócalo, sa Cathédrale Métropolitaine (la plus grande d&#8217;Amérique), ses musées. Je prends le petit déjeuner au Café Habana, où le Che et Fidel Castro ont fait connaissance. Et puis, tiens, un château. Vous en connaissez beaucoup vous des châteaux en Amérique, à part le château Frontenac de Québec et celui de  Cendrillon à Disneyworld ? Eh bien à México, il y a le château de Chapultepec. L&#8217;un de ses plus célèbres occupants fut Maximilien de Habsbourg, Empereur du Mexique pour le compte de&#8230; Napoléon III. Les Français ont gouverné le Mexique ! J&#8217;en apprends des belles pendant ce voyage.</p>
<div id="attachment_1460" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1460 " title="DSC_0391" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/11/DSC_0391-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Cathédrale Métropolitaine de México</p></div>
<p style="text-align: justify;">Autre lieu hautement symbolique de México : le Palacio Nacional, siège du pouvoir fédéral dressé sur les cendres d&#8217;un palais aztèque. Les fresques grandioses de Diego Rivera retraçant l&#8217;histoire du pays me laissent songeur &#8211; et en particulier un bébé aux yeux bleus sur le dos d&#8217;une indigène. Au Mexique il y aurait 70% de métis, 15% de blanc et 12% d&#8217;indiens.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi la discrimination envers les communautés autochtones persiste-t-elle dans tous les pays d&#8217;Amérique Latine ? Se sentent-ils supérieurs d’avoir la peau plus claire ? Leur en veulent-ils d’avoir souillé leur sang blanc ? Les métis ne sont au fond que les bâtards des Indiennes violées par les colons. Ce nationalisme, cette volonté de se construire une identité nationale si prononcée, n&#8217;est-ce pas l&#8217;antidote mexicain au traumatisme inconscient causé par ces origines impures ?</p>
<p style="text-align: justify;">Au bout de deux jours, mon hôte Clémence, qui jusqu’ici était très agréable, change peu à peu d&#8217;humeur. Sans que j’en sache la raison, je ne me sens plus le bienvenu. Je mets son comportement sur le compte de l’immaturité, ou qui sait, de la menstruation. Elle me fait l’affront suprême de sortir sans moi le samedi alors qu’elle avait promis une nuit de fête légendaire. Le pire dans tout ça, c&#8217;est qu&#8217;elle n&#8217;ose pas me demander de m&#8217;en aller de chez elle. Incroyable mais vrai : de tout mon voyage, ma seule expérience négative en terme d&#8217;hospitalité est française.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais se coucher à 22h un samedi soir n’a pas que des désavantages. Je suis debout aux aurores, le moment idéal pour aller visiter Teotihuacan. J’arrive le premier sur le site archéologique, à 7h30 du matin, bien avant les autocars. Bravant l&#8217;interdiction, je grimpe en vitesse au sommet de l&#8217;imposante Pyramide de la Lune. Je suis le Dieu Serpent à plumes Quetzalcoatl, seul au monde face à la chaussée des Morts bordée de pyramides à degrés. Je m&#8217;apprête à butiner les premiers rayons du Cinquième Soleil. Époustouflant ! Mythologique ! Je paierais cher pour faire un saut 1500 ans en arrière, du temps de l&#8217;apogée de la plus grande cité d’Amérique précolombienne.</p>
<p style="text-align: justify;">En attendant, je profite du spectacle, que j&#8217;imagine similaire à celui d&#8217;être perché en Egypte sur Mykérinos. Ces quelques moments de bonheur solitaire ne s&#8217;achètent pas. Je suis accompagné dans les cieux d&#8217;une noria de montgolfières multicolores : des touristes aisés qui ne se refusent pas une vue aérienne de quelques minutes sur la cité des dieux.</p>
<div id="attachment_1458" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1458 " title="DSC_0641" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/11/DSC_0641-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Pyramide du Soleil, Teotihuacan</p></div>
<p style="text-align: justify;">Et puis les hordes de touristes grassouillets débarquent. Ils sont 12 millions par an à partir à l&#8217;assaut de la colossale Pyramide du Soleil et de ses consœurs. Je m&#8217;éclipse.</p>
<div style="text-align: justify;"><em>On oublie tout sous le soleil de Mexico</em></div>
<div style="text-align: justify;">
<p><em>On devient fous au son des rythmes tropicaux</em></p>
</div>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai oublié ce que je faisais ici. Ai-je perdu la tête ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cet instant est un tournant dans mon voyage. Ces quelques déceptions à Oaxaca et México ont affecté ma joie de vivre permanente. Il faut y voir un signe. Il m&#8217;a fallu 21 mois de voyage pour commencer à assouvir ma soif de contrées lointaines. Voici presque un an que je me dirige vers le Nord, depuis l&#8217;Argentine. Le temps est venu de reprendre la route vers l&#8217;Est. Je rentre à la maison. Youpi !</p>
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		<title>Mexique part. 1 &#8211; L&#8217;église du Coca-Cola</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Oct 2011 21:04:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>geoffrey</dc:creator>
				<category><![CDATA[* Le carnet de route]]></category>

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		<description><![CDATA[Après avoir échangé mes derniers quetzales contre une poignée de pesos, un taxi-pirogue m&#8217;expédie de l&#8217;autre côté de la frontière. Un moustachu à képi et lunettes de soleil appose un 77ème tampon sur mon passeport.
Remonter l’Amérique Latine, c’est une leçon de géopolitique. L’arrivée au Mexique est un pas de plus vers los Estados Unidos. Le destin [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Après avoir échangé mes derniers quetzales contre une poignée de pesos, un taxi-pirogue m&#8217;expédie de l&#8217;autre côté de la frontière. Un moustachu à képi et lunettes de soleil appose un 77ème tampon sur mon passeport.</p>
<p style="text-align: justify;">Remonter l’Amérique Latine, c’est une leçon de géopolitique. L’arrivée au Mexique est un pas de plus vers <em>los Estados Unidos</em>. Le destin des deux pays est lié à jamais, si bien qu&#8217;ils se ressemblent de plus en plus. Il se murmure cependant que la zone du Chiapas dans laquelle je me trouve est la région la plus authentique et préservée du pays du sombrero, loin de l&#8217;influence maléfique septentrionale de Babylone.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle n’est donc pas mon immense surprise de découvrir la ville de Palenque envahie de touristes mexicains en train de se gaver de tortillas et d’acheter des souvenirs de pacotille ! Il n’y a plus un hôtel de libre. Il faut avouer que je surviens en pleines vacances de Noël. La quatorzième puissance économique mondiale connait un boom touristique interne à l&#8217;instar de la Chine, et les Mexicains aisés se ruent sur leur histoire. En l’occurrence ici ce sont les ruines du premier empire maya qui sont à l&#8217;honneur &#8211; ou devrais-je dire à l&#8217;horreur ?</p>
<p style="text-align: center;">
<div id="attachment_1449" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1449 " title="Pyramide de Palenque" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/10/Copia-de-DSC_0292-300x196.jpg" alt="" width="300" height="196" /></a><p class="wp-caption-text">Pyramide de Palenque</p></div>
<p style="text-align: justify;">Avec Lucas l&#8217;Italien nous rejoignons en auto-stop nocturne (exercice difficile) un camping dans la jungle, the Jungle Palace. Le concept est pour le moins étonnant : un grand complexe bar-hôtel-resto-lodge-camping au beau milieu des lianes et des singes-hurleurs. C&#8217;est l&#8217;occasion de ressortir ma vieille tente qui commençait à moisir. Je m&#8217;assoupis dans le vacarme des bars qui se répondent. Lucas, qui a passé la douane avec ses provisions d’herbe, se fait subtiliser son sac pendant la nuit alors qu’il comatait défoncé dans son hamac. Une belle illustration des dangers de la drogue.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Jungle Palace appartient à un vieillard qui a eu du flair. A la retraite, il a morcelé l&#8217;ensemble en parcelles qu&#8217;il a réparti entre ses nombreux enfants : certains ont transformé la leur en machine à fric parfaitement huilées, et d&#8217;autres ont complètement négligé la leur. Comme quoi le sens des affaires n&#8217;est pas héréditaire. Dernier scandale au milieu de la forêt : un fils rebelle souhaite édifier un bordel sur son morceau de forêt.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme prévu, la cité historique de Palenque ressemble plus à Mayaland envahi d&#8217;une palanquée de touristes qu&#8217;à un lieu sacré. Je ne m&#8217;éternise pas. Et puis reprendre la route, ça commence à me connaître. Plusieurs heures de méandres d&#8217;asphalte sont nécessaires pour venir à bout des montagnes enjunglées. Des petites filles tendent des cordes de fanions en travers de la chaussée pour forcer les automobilistes à acheter fruits ou tissus. Les grosses 4&#215;4 aux vitres teintées des nouveaux riches mexicains ne s’acquittent pas forcément de cette taxe de passage&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Je découvre dans les villages des slogans peints du EZLN et des pancartes : « Vous êtes ici en territoire zapatiste ». Hum ? Zapata, Zapata, ce nom me dit vaguement quelque chose&#8230; mais qui est-ce au juste ?</p>
<p style="text-align: center;">
<div id="attachment_1445" class="wp-caption aligncenter" style="width: 210px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1445 " title="DSC_0783" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/10/DSC_0783-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Zapata</p></div>
<p style="text-align: justify;">Emiliano Zapata (1879-1919), moustachu révolutionnaire, est le plus célébré des héros mexicains : le symbole de la défense des pauvres et des opprimés. En 1994, une insurrection indigène surprise frappe le Chiapas. Cet état, territoire ancestral de paysans mayas laissés sur le carreau, est pourtant fort pourvu en ressources naturelles. A la tête de ce soulèvement il y a l&#8217;Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), qui se réclame de Zapata et Che Guevara, et milite pour la reconnaissance des droits des pauvres et l&#8217;autonomie des peuples indiens. <em>¡Ya basta!</em></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;EZLN est dirigé par une figure emblématique : le sous-commandant Marcos. El subcomandante est un jeune intellectuel blanc d&#8217;origine espagnole qui a embrassé la cause des indiens, dont la stigmatisation persiste après un demi-millénaire d&#8217;impérialisme. Le visage masqué par un passe-montagne, la pipe au bec, il cultive son image de poète rebelle. Sa grande intelligence a été d&#8217;orchestrer un nouveau type de révolution du fin fond de la Selva Lacandona : armée mais pacifique, anonyme mais médiatique.</p>
<p style="text-align: justify;">Marcos, véritable légende vivante dans l&#8217;extrême sud du Mexique, a négocié le cessez-le-feu dans la cathédrale San Cristóbal de Las Casas. Il n&#8217;a pas choisi le pire des endroits.</p>
<p style="text-align: center;">
<div id="attachment_1446" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="San Cristóbal de Las Casas" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1446 " title="DSC_0049" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/10/DSC_0049-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">San Cristóbal de Las Casas</p></div>
<p style="text-align: justify;">Un pur joyau que cette ville coloniale située à 2100m d&#8217;altitude. San Cristóbal est reconnu comme &nbsp;&raquo;le plus magique des villages magiques&nbsp;&raquo; de tout le Mexique. C&#8217;est la réplique d&#8217;Antigua la guatémaltèque. Autant vous dire : j’adore ! Je m&#8217;y promène des heures durant, brandissant mon objectif, traquant les plus beaux losanges de ce manteau d&#8217;arlequin urbain : maisons, voitures, églises, marchés, vendeuses de tissus&#8230; c&#8217;est une explosion de couleurs permanente. Je m’y sens comme chez moi, d’autant que je me fais plein d&#8217;amis et qu’il y fait bien frais le soir. Je dois être fou : le froid et l&#8217;hiver me manquent. C&#8217;est sûrement une réaction normale après 2 ans d&#8217;été&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">A quelques encablures de San Cristobal, il y a une commune fort intrigante : San Juan Chamula. Les femmes dans leurs tenues traditionnelles ont deux nattes reliées entre elles. Mais comment la mode bolivienne a-t-elle fait pour parvenir jusqu’ici ? Et aujourd&#8217;hui, comme tous les jours, c&#8217;est jour de marché. J&#8217;en profite pour m&#8217;adonner à la photographie de piments et de cacahuètes étalés au sol. Les Tzotzils sont tellement habitués à esquiver les flashs des touristes, qu&#8217;il ne comprennent absolument pas l&#8217;intérêt esthétique d&#8217;un tas d&#8217;arachides. La curiosité prend le dessus, et le petit groupe qui m&#8217;encercle se mue en attroupement généralisé. La vendeuse est enchantée d&#8217;une telle attention pour ses délicats produits, surtout lorsque j&#8217;achète devant tout le monde deux kilos pour la remercier. De quoi jouer les rongeurs pendant une bonne semaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous sommes dimanche, c&#8217;est jour de débat politique public sur la grand-place. Les caciques des communautés autonomes &#8211; splendides vieillards parés comme des carnavaliers &#8211; tranchent sur les sujets les plus variés. A l&#8217;ordre du jour : les vendeurs du marché refusent de quitter la place centrale pour s’installer dans le gigantesque marché couvert qui a coûté les yeux de la tête à la municipalité. Je les comprends : quel intérêt de troquer l&#8217;air et le soleil des montagnes contre une tombe en béton, et en plus d&#8217;avoir à payer une taxe ?</p>
<p style="text-align: justify;">Tandis que j&#8217;admire tout ce beau monde, le service de sécurité artisanal me coince et menace de casser mon appareil photo à coups de bâton si je n&#8217;efface pas immédiatement mes clichés de la réunion. Ah c&#8217;était interdit ? Je me sens comme le paparazzo du mariage de Connie Corleone. La milice des moustachus en peau de mouton n&#8217;en est pas à son coup d&#8217;essai, et connait les Nikon et Canon des touristes comme sa poche. Mais le &laquo;&nbsp;<em>no habla español</em>&nbsp;&raquo; tout en glissant une clémentine dans les mains de mon jeune factionnaire fait des miracles. On m&#8217;a dit plus tard que je risquais même la prison !</p>
<p style="text-align: center;">
<div id="attachment_1447" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="San Cristóbal de Las Casas" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1447 " title="DSC_0166" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/10/DSC_0166-300x249.jpg" alt="" width="300" height="249" /></a><p class="wp-caption-text">La mode à San Juan Chamula</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le temps fort de la visite chamulique reste l&#8217;église. On y célèbre le syncrétisme mystique d&#8217;un catholicisme pas très catholique et de rites ancestraux plutôt modernes. La pénombre est mouchetée de mille lueurs de bougies et zébrée de rayons obliques filtrés par les vitraux. Comme pour les églises orthodoxes, l&#8217;absence de rangées de bancs interpelle. Mais le carrelage tapissé d’épines de pin, en plus d&#8217;offrir une délicieuse senteur de Noël, permet un relatif confort au sol. La preuve, dans un coin, un ivrogne affalé cuve sa mauvaise goutte.</p>
<p style="text-align: justify;">Les nombreuses statues de saints récoltent les vœux qui leurs sont dus selon leurs spécialités, mais c&#8217;est Jean-Baptiste qui est à l&#8217;honneur. L&#8217;abside est un capharnaüm bariolé où se croisent le bip-bip de guirlandes clignotantes chinoises, des fruits, le petit Jésus dans son berceau entouré d&#8217;étoiles lumineuses suspendues, des ballons de baudruche et des bouquets odorants de callas sortis d&#8217;une toile de Rivera.</p>
<p style="text-align: justify;">Des familles entières viennent se recueillir. Elles sélectionnent leur emplacement dans la nef, puis s&#8217;agenouillent devant plusieurs douzaines de cierges alignés à même le sol. La taille, la couleur, et le nombre de chandelles ont une signification bien précise. Après avoir enflammé l&#8217;ensemble, leurs prières s&#8217;ajoutent au brouhaha du temple et aux cris des enfants. Des gestes à la signification sibylline accompagnent les incantations véhémentes qui s&#8217;élèvent, pareilles aux volutes d&#8217;encens. Les psalmodies de la mère n&#8217;empêche nullement le dernier de poursuivre la tétée. Le père se reprend au sortir de sa transe et expectore un céleste glaviot au sol.</p>
<p style="text-align: justify;">En point d&#8217;orgue de cette adoration païenne, les membres de la famille se passent la bouteille de soda, et rotent tour à tour. Non ce n&#8217;est pas la secte du Coca-Cola, c&#8217;est la façon très singulière des Tzotzils d&#8217;extirper du corps les pensées impures, d&#8217;expier les pêchés. Auparavant un alcool local fermenté était employé, mais l&#8217;apparition des boissons gazeuses a modifié la donne. Et c&#8217;est pour cette raison que l&#8217;église de Chamula est mondialement connue.</p>
<p style="text-align: justify;">On parle aussi d&#8217;exorcisme, de miracles, de maléfices, d&#8217;apparitions, de polygamie, de divination, de sacrifices de poulets, et&#8230; de matchs de football dans l&#8217;église. Si vous êtes un curé et souhaitez ramener les fidèles dans votre paroisse, vous savez ce qu&#8217;il vous reste à faire.</p>
<p style="text-align: center;">
<div id="attachment_1448" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1448 " title="DSC_0230" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/10/DSC_0230-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Cacahuètes de Chamula</p></div>
<p style="text-align: justify;">Je célèbre le nouvel an à San Cristóbal de Las Casas. On boit, on rigole, on danse, on drague. D&#8217;abord sur le parvis de la cathédrale sous le froid mordant et les feux d&#8217;artifice, puis dans des bars à l&#8217;ambiance survoltée. La fête quoi. Je suis bien loin de mon ascétisme de l&#8217;année passée, quand je me suis couché à 21h le 31 décembre <a href="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/thailande-part-4-dix-jours-de-meditation-dans-un-monastere-bouddhiste/2010/01/" target="_blank">dans le silence d&#8217;un monastère bouddhiste</a>. Et moi qui croyais que ce tour du monde allait m&#8217;assagir&#8230;</p>
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		<title>Guatemala part. 3 &#8211; Amérique Centrale, suite et fin</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Sep 2011 20:03:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>geoffrey</dc:creator>
				<category><![CDATA[* Le carnet de route]]></category>

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		<description><![CDATA[Le lac Atitlán est, vous affirmeront tous les guides touristiques, l&#8217;un des plus beaux au monde. J&#8217;avoue, serti de petits villages mayas et coiffé de trois ou quatre volcans (j&#8217;ai encore un doute) il a fière allure. Mais la concurrence est rude, et mes exigences en esthétisme lacustre sont trop haut placées pour le situer au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Le lac Atitlán est, vous affirmeront tous les guides touristiques, l&#8217;un des plus beaux au monde. J&#8217;avoue, serti de petits villages mayas et coiffé de trois ou quatre volcans (j&#8217;ai encore un doute) il a fière allure. Mais la concurrence est rude, et mes exigences en esthétisme lacustre sont trop haut placées pour le situer au même niveau qu&#8217;un Baïkal, un Toba ou même un Titicaca. Je trouve que le &laquo;&nbsp;Miroir des Dieux&nbsp;&raquo; manque de dimension, spirituellement parlant.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà sur quoi je médite dans la barque oblongue qui glisse sur les eaux insondables au son du teuf-teuf. Des pêcheurs solitaires traînent leurs <em>cayucos</em> entre les roseaux, sur fond de cônes ensoleillés. Je marque l&#8217;étape à San Marcos de La Laguna, un lieu de villégiature prisé par les bobos occidentaux en quête de spiritualité et d&#8217;éco-bonne conscience. Loin de rêver de purification cosmique, de géo-magnétisme ou encore de guérison holistique, je ressens plutôt l&#8217;appel de la <em>sierra</em>. Une falaise me nargue. N&#8217;avez-vous jamais éprouvé l&#8217;envie irrésistible de gravir l&#8217;obstacle qui se dressait devant vous ? Ni une ni deux, je chausse mes Havaianas contrefaites, et me lance en direction d&#8217;un terre-plein en surplomb d&#8217;un à-pic vertigineux.</p>
<div id="attachment_1427" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1427 " title="DSC_0608" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/09/DSC_0608-300x194.jpg" alt="" width="300" height="194" /></a><p class="wp-caption-text">Le lac Atitlán</p></div>
<p style="text-align: justify;">Certains villageois guatémaltèques rencontrés avant ma grande ascension me mettent en garde contre les dangereux criminels qui rodent sur les sentiers, à l’affût du moindre touriste à assassiner. Renseignements approfondis récoltés, un randonneur s&#8217;est fait racketter cinq ans auparavant, et pas du tout à cet endroit. La paranoïa guette les bouffeurs de petite lucarne.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors je n&#8217;en fais qu&#8217;à ma tête, comme d&#8217;habitude, plus pour le meilleur que le pire. A 15min du dernier village, au détour d&#8217;un sentier, en pleine plantation de café, je croise un colosse au regard dur, torse nu et machette à la main. Il m&#8217;attend. Mon sang ne fait qu&#8217;un tour. Les crevettes sont cuites. Je peux dire adieu à mon appareil photo à 1000$. J&#8217;aurais peut-être du écouter les locaux&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">- ¡Hola! ¿Cómo estás?<br />
Fausse alerte, le bonhomme est un paysan tout sourire qui rentre de sa plantation de maïs. Puis ce sont trois adolescents qui ramènent des fagots sur le dos. Non, le vrai grand danger des collines perdues, ce ne sont pas les brigands de petits chemins. C&#8217;est plutôt la courante subite, quand la nature exige qu&#8217;on lui rende immédiatement ce qu&#8217;elle nous a donné. Au passage je déconseille les feuilles de caféiers, trop fines, aux adeptes de la bouse champêtre.</p>
<p style="text-align: justify;">Quel bonheur la liberté. La brume couve le lac tout comme je couve d&#8217;odorantes mixtures. Le sommet est mon trône. Jamais je ne me sens aussi bien que quand je domine le monde. J&#8217;ai sûrement été aigle dans une vie antérieure.</p>
<p style="text-align: justify;">Je poursuis la découverte de ce surprenant pays :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Panajachel.</strong> La grosse ville qui borde le lac. C&#8217;est le mauvais exemple, celle qui a sacrifié son âme au dieu Dollar. Si Antigua est surnommée <em>Gringocastenango</em>, Panajachel c&#8217;est <em>Gringolandia</em>, autrement dit la foire du trône des touristes occidentaux. J&#8217;y reçois mes premières piqûres de <em>bedbugs</em> (rappelez-vous, les fameuses punaises de lit).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>San Francisco del Alto.</strong> Perché dans les montagnes, le village abrite le plus grand marché en plein air d&#8217;Amérique Centrale. Il n&#8217;y a pas d&#8217;artisanat, c&#8217;est un souk fonctionnel. J&#8217;aime être le seul étranger de toute la ville, plaisanter avec les cuisinières des gargotes ou les vendeurs au milieu des étals. La gentillesse des gens est incroyable. Je sympathise avec le concierge de l&#8217;hôtel et sa famille : ils cousent 200 paires de jeans par semaine pour agrémenter leur maigre salaire. Le grand marché hebdomadaire est surtout réputé pour sa foire aux bestiaux : vaches , dindes, poulets&#8230; Et, dans la catégorie &laquo;&nbsp;job de rêve&nbsp;&raquo; &#8211; mieux encore que le réparateur ambulant de briquets au Cambodge &#8211; il y a le &laquo;&nbsp;calmeur de cochons&nbsp;&raquo;. Votre cochonnet fait l&#8217;imbécile ? Un bâton dans la bouche du turbulent animal plaqué à terre, une savante manœuvre sur sa langue tirée, et c&#8217;est garanti Porcinet deviendra zen comme un lama tibétain en pleine méditation. Je me demande si la même technique marcherait chez les humains&#8230;</p>
<div id="attachment_1428" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1428 " title="DSC_0950" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/09/DSC_0950-300x217.jpg" alt="" width="300" height="217" /></a><p class="wp-caption-text">Le calmeur de cochons</p></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Huehuecastenango.</strong> A ne pas confondre avec Quetzaltenango ou Chichicastenango. Je vais visiter mes premières pyramides mayas, sous ce climat hivernal des cordillères américo-latines que j&#8217;affectionne tant : sec, ensoleillé, frais. Dans le cadre d&#8217;une restauration gracieusement offerte par la United Fruit Company dans les années 30, elles ont été recouvertes de béton. Il faut savoir qu&#8217;à l&#8217;époque cette compagnie bananière tentaculaire dirigeait ouvertement le pays, et fut en grande partie responsable du chaos qu&#8217;ont subi les <em>chapines</em> (Guatémaltèques) pendant quasiment tout le XXème siècle. Plus de 70 plus tard, le béton écaillé et décoloré donne un splendide coup de vieux pittoresque à l&#8217;ensemble&#8230; <em>Gracias la Yunai</em> !</p>
<p style="text-align: justify;">Je dîne souvent dans la rue : hot-dogs, tacos, gringas etc. Il y a des pays où l&#8217;on mange avec des couverts, d&#8217;autres avec des baguettes, d&#8217;autres encore à la main. Au Guatemala (et au Mexique), on mange avec la tortilla. C&#8217;est une galette de maïs qui sert à attraper les ingrédients. Bien sûr j&#8217;ai mis du temps à comprendre. Au début je pensais qu&#8217;il s&#8217;agissait du pain local, mais insipide à tel point que je refusais constamment la barquette de tortillas préparées avec amour. Et puis j&#8217;ai fini par m&#8217;y faire. Devant leurs plaques chauffantes, des femmes se tapent dans les mains toute la journée pour pétrir la pâte de maïs. Tortiller est un boulot à plein temps, les clients ne tarissent jamais. A ne pas confondre avec la <em>tostada</em>, qui elle est croustillante.</p>
<p style="text-align: justify;">La route de Nebaj à Cobán, je la parcours entassé dans des minibus avec les locaux, en rêvant d&#8217;asphalte. J&#8217;en profite pour apprendre quelques mots du dialecte local, le <em>quiché</em>. Vache se prononce &laquo;&nbsp;huacacha&nbsp;&raquo;, cochon se dit &laquo;&nbsp;ark&nbsp;&raquo;. Ca ressemble vaguement au quechua andin. Le Guatemala possède une vingtaine d&#8217;idiomes. Si les langues vernaculaires ont réussi à survivre à 500 années de domination du castillan, ont-elles encore de beaux jours devant elles?</p>
<div id="attachment_1431" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1431   " title="DSC_0923" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/09/DSC_0923-300x212.jpg" alt="" width="300" height="212" /></a><p class="wp-caption-text">Ils sont beaux mes chapeaux !</p></div>
<p style="text-align: justify;">La saison des pluies, la pire depuis 60 ans, dont j&#8217;ai assisté au bouquet final au Costa Rica, a fait des ravages dans toute l&#8217;Amérique Centrale. Les <em>derrumbes</em> (glissements de terrain), dont nombreux ont pour cause le déboisement, ont arraché des pans entiers de collines. C&#8217;est avant d&#8217;arriver à Cobán que le spectacle est le plus saisissant. Cette fois la moitié de la montagne semble avoir été arrachée par une main céleste. Tout a été emporté au passage. Un chemin de fortune a été aménagé mais les véhicules passent avec difficulté. J&#8217;ai la sensation d&#8217;être une fourmi qui arpente le flanc d&#8217;une dune de sable, à la merci d&#8217;un coup de vent.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cobán</strong>. La ville est touchée par de sérieux problèmes de violences liés au narcotrafic. Plus concrètement, les organisations criminelles mexicaines comme Los Zetas, caractérisés par leur violence hors du sens commun, essaient peu à peu d&#8217;étendre leur influence en Amérique Centrale dans le but de contrôler la route de la poudre blanche. Si l&#8217;on devait résumer le continent américain en dix mots, &laquo;&nbsp;cocaïne&nbsp;&raquo; aurait sûrement sa place. L&#8217;ensemble du pays, dont notamment la capitale Guatemala City, est rongée par la violence. Les règlements de compte ont fait 70 morts à Cobán au cours des dernières semaines. La ville est cerclée de check-points de l&#8217;armée. J&#8217;ai la mauvaise idée de ressortir de l&#8217;internet-café à 23h30, soit après l&#8217;heure du couvre-feu. Tiens, c&#8217;est bizarre, pourquoi n&#8217;y a-t-il personne dans la rue ? En fait, la seule personne que je croise est un type à l&#8217;air pas vraiment recommandable, une matraque pointue à la main. Gloups.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Lanquín.</strong> C&#8217;en est fini des hautes altitudes, j&#8217;ai rejoint un paysage escarpé drapé d&#8217;une jungle luxuriante, pour le plus grand malheur des amortisseurs et de mon postérieur. Lanquín est un passage obligé pour backpackers. Donc principalement de jeunes anglo-saxons, la vingtaine hippie, issus de la classe moyenne, qui n&#8217;aiment rien tant que boire, voyager et socialiser. C&#8217;est parti donc, en parcours aventure organisé par l&#8217;hostel avec 17 autres <em>travellers</em> de mon âge, pour le &laquo;&nbsp;Semuc Champey Tour&nbsp;&raquo; &#8211; presque aussi mythique que le <em>tubing</em> de Vang Vieng.</p>
<div id="attachment_1430" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1430 " title="DSC_1137" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/09/DSC_1137-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Semuc Champey</p></div>
<p style="text-align: justify;">La journée commence par une promenade de 2h dans des grottes. Une bougie à la main, il faut nager dans les souterrains, remonter des cascades à la corde, glisser dans des toboggans naturels, plonger de plusieurs mètres de haut. Jouer les spéléologues dans l&#8217;obscurité et l&#8217;eau glacée, c&#8217;est fort rigolo. Puis retour au grand jour pour des sauts de liane acrobatiques dans la rivière et une descente de rapides en bouée, avant de partir à l&#8217;assaut du splendide parc naturel de Semuc Champey. Il abrite une cascade de bassins turquoises façonnés par des eaux chargées en calcaire, composant un pont naturel au-dessus de la rivière temporairement souterraine. Diable que c&#8217;est divin ! Plonger dans ces vasques d&#8217;eau pure au milieu de la jungle farouche est la réminiscence de mon ancêtre Adam se délectant dans le jardin d&#8217;Eden.</p>
<p style="text-align: justify;">La journée finit en apothéose dans la grotte de Lanquín. Des milliers et des milliers de chauves-souris s&#8217;extirpent de leur torpeur et remontent des tréfonds. C&#8217;est l&#8217;heure de la chasse, l&#8217;heure d&#8217;entreprendre leur rôle majeur de régulation des populations d&#8217;insectes volants. Et Tarzan sait que ces derniers sont nombreux dans la jungle. Lorsque je me mets dans l&#8217;ouverture de la grotte, mes oreilles sifflent à chaque passage par l&#8217;effet Doppler ultrasonique. Les chiroptères volètent à 20cm de ma tête. A chaque photo, il y a au minimum 25 chauves qui sourient dessus. J&#8217;ai alors l&#8217;idée de lancer ma casquette, je suis sûr d&#8217;en attraper au moins une. Mais je me ravise : mon enseignement bouddhiste m&#8217;a appris à ne point tuer d&#8217;animaux, et puis surtout je ne me sens pas d&#8217;assassiner des confrères chasseurs de moustiques&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Et je me retrouve le 24 décembre sur l&#8217;île de Flores, dans le nord du Guatemala. J&#8217;y retrouve Lucas, un Italien rencontré au Nicaragua. Ses yeux noirs sont animés d&#8217;une lumière indicible, comme dévorés par une flamme intérieure. Il me présente ses amis musiciens. Me voici embarqué le soir de Noël dans un groupe de hippies salvadoriens qui se donne en spectacle devant les restaurants de l&#8217;île. Je suis chargé de jouer de la cymbale au milieu des tambours pendant qu&#8217;un jongleur et sa boule magique épate les amoureux par des acrobaties.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, je dois quitter cette joyeuse bande de saltimbanques. Dans le continent le plus catholique du monde, je rêve d&#8217;assister à la messe de minuit, deux mille et onze ans après la naissance du Christ. Elle commence à 23h45. A minuit, la canonnade des pétards et des feux d&#8217;artifice couvre la voix du prêtre. A minuit cinq, je commence à m&#8217;endormir. A minuit dix je suis couché. Je pensais que la messe serait moins ennuyante après avoir sifflé quatre daiquiris, que nenni ! Je ne peux pas écouter de célébration liturgique plus de cinq minutes sans être pris d&#8217;une baillite aiguë. Il n&#8217;y a que les églises évangéliques qui me tiennent éveillé un peu plus longtemps.</p>
<div id="attachment_1429" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais"><img class="size-medium wp-image-1429" title="DSC_0056" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/09/DSC_0056-300x235.jpg" alt="" width="300" height="235" /></a><p class="wp-caption-text">Chauves-souris de la grotte de Lanquin</p></div>
<p style="text-align: justify;">Tikal est l&#8217;une des plus célèbres cités mayas encore sur pied. Abandonnée à la vorace jungle du Petèn plus de mille ans durant, seuls certains de ses temples ont survécu à la lente digestion tropicale. Après une petite cure de jouvence cimentée, ils ont retrouvé leur faste d&#8217;antan. Les kapokiers, gigantesques arbres sacrés de Mésoamérique, émergent du panorama 100% végétal qui émerveille les courageux parvenus à  grimper au sommet des vertigineuses pyramides. En bas, les dindons ocellés et les coatis à nez blanc récupèrent les miettes des pique-niqueurs, à l&#8217;endroit même où les citoyens précolombiens se disputaient les têtes des sacrifiés quinze siècles plus tôt. Je me sens l&#8217;âme d&#8217;un esclave bleu dont le coeur vient d&#8217;être arraché par un grand prêtre maya. Il le brandit encore battant en trophée devant la foule en délire. Non je ne perds pas la boule sous le coup d&#8217;une malédiction archéologique, je revis juste <a href="http://www.youtube.com/watch?v=O_99mcINufQ" target="_blank">une scène d&#8217;Apocalypto</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que le soleil coule comme du miel sur la jungle gangrenée par la déforestation, le vieux bus qui me conduit au <em>rio</em>-frontière rebondit sur la vieille piste cahoteuse. Je ne me plains pas : on n&#8217;est pas pressé lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de quitter un pays pareil. J&#8217;envoie un dernier clin d&#8217;œil à l&#8217;Amérique Centrale. Reverrai-je un jour les rives de cette terre damnée ? Rien n&#8217;est moins sûr : selon le calendrier maya, l&#8217;apocalypse est programmée pour le 21 décembre 2012.</p>
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		<title>Guatemala part. 2 &#8211; Le marché de mes rêves et la transe du volcan</title>
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		<pubDate>Thu, 14 Jul 2011 18:40:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>geoffrey</dc:creator>
				<category><![CDATA[* Le carnet de route]]></category>

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		<description><![CDATA[C&#8217;est officiel, mon marché préféré se trouve à Chichicastenango, au cœur des haut-plateaux guatémaltèques dans la région du Quiché. Après m&#8217;être déjà aventuré dans plus de 374 marchés aux quatre coins du monde, la palme d&#8217;or est décernée.
Fendre les brumes matinales pour s&#8217;immerger peu à peu dans la foire indienne de Chichicastenango, c&#8217;est exaucer un rêve d&#8217;enfant enfoui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">C&#8217;est officiel, mon marché préféré se trouve à Chichicastenango, au cœur des haut-plateaux guatémaltèques dans la région du Quiché. Après m&#8217;être déjà aventuré dans plus de 374 marchés aux quatre coins du monde, la palme d&#8217;or est décernée.</p>
<p style="text-align: justify;">Fendre les brumes matinales pour s&#8217;immerger peu à peu dans la foire indienne de Chichicastenango, c&#8217;est exaucer un rêve d&#8217;enfant enfoui en chacun de nous, celui de découvrir un paradis secret qui recèle de trésors d&#8217;émerveillement. Bienvenue au royaume de la couleur !</p>
<p style="text-align: justify;">Les ruelles pavées sont en ébullition. Une foule bigarrée mi-occidentale mi-maya fourmille dans un dédale de milliers d&#8217;étals où l&#8217;artisanat traditionnel est à l&#8217;honneur. De vieux hommes croulant sous de trop lourdes marchandises haussent la voix pour se frayer un passage, tandis que de petites femmes aux couvre-chefs brodés déposent leurs achats durement négociés dans les couvertures bariolées nouées sur leur dos. Des enfants aux yeux noirs, au travail forcé depuis l&#8217;aurore, esquissent entre deux bâillements tantôt un regard fier, tantôt un sourire.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_1400" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1400 " title="DSC_0291" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/07/DSC_0291-300x212.jpg" alt="" width="300" height="212" /></a><p class="wp-caption-text">Au marché de Chichicastenango</p></div>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;organe vital de Chichicastenango, l&#8217;église Santo Tomás, est un vaisseau flottant impassiblement au-dessus de cette cour des miracles. Les conquistadors l&#8217;ont édifiée en lieu et place d&#8217;un ancien temple maya. Une vieille édentée, en plein rituel ancestral, fait danser un encensoir sur le parvis. Sur les marches sacrées, les volutes de fumée tournoient comme des flammes autour des marchandes de fleurs. Le parfum du copal se mêle avec les fragrances des bouquets de glaïeuls. Ébloui de mille teintes, les sens saturés, je suis hypnotisé.</p>
<p style="text-align: justify;">Un vieux tabouret de bois de la cantine me recueille. Sous les bâches en plastique, les marmites frémissantes répandent un fumet de bouillon de poulet, accompagné de consistants légumes et de maïs. En face de la table noircie par les années, une indienne parée du splendide huipil coloré de son village natal souffle sur le bol brûlant qui lui réchauffe les mains. Elle me rend mon sourire avec quelques dents en or en prime. Ses deux gamins, intimidés, ouvrent de grands yeux en levant leurs petites têtes vers moi. Au fil de la discussion, j&#8217;apprends que les neuf autres sont restés à la maison.<br />
- 11 enfants !<br />
- Oh j&#8217;ai encore de la marge. Ma voisine en a 15. Une femme du village en a même 18.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_1406" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1406 " title="DSC_0395" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/07/DSC_0395-300x150.jpg" alt="" width="300" height="150" /></a><p class="wp-caption-text">Alignement de volcans</p></div>
<p style="text-align: justify;">La moitié de la population du Guatemala a moins de 15 ans. Pas sûr que les préservatifs en intestin de cochon sauvage soient très efficaces. Ici c&#8217;est la famille du garçon qui paie le mariage, et elle a beaucoup de fils à caser. Pour parvenir à nourrir toutes ces bouches, le père n&#8217;a eu d&#8217;autre choix il y a deux ans que la route de l&#8217;exil vers les Etats-Unis, comme nombre de ses compatriotes. Les mandats parviennent de temps en temps, mais là ça fait trois mois qu&#8217;on n&#8217;a rien reçu. C&#8217;est au fils de 13 ans que revient la tache de traîner une lourde charge dans la boue des sentiers pour aider sa courageuse mère à tenter de vendre quelques broderies. Aujourd&#8217;hui la journée commence bien, elle aura vendu au moins une étoffe. Un travail d&#8217;orfèvre qui nécessite des semaines de tissage à la main. Cela permettra d&#8217;acheter quelques victuailles vitales, peut-être même une poule.</p>
<p style="text-align: justify;">- Où se trouve votre village ?<br />
- A une heure et demi de marche dans les montagnes, me répond-elle.<br />
- Quoi ? Une heure et demi ! Ça fait loin !<br />
- Et vous, votre village il est à combien de temps à pied ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je me retrouve tout bête.<br />
- Heu&#8230; deux mois de marche, un mois de bateau et encore un mois de marche ! Tout compte fait, vous n&#8217;êtes pas si loin que ça&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Elle ne savait même pas qu&#8217;il y avait plusieurs continents. Ces gens-là sont d&#8217;une gentillesse incroyable. Aucune éducation, une vie de misère, mais quelle noblesse de cœur ! Le tout dans l&#8217;espoir constant mais jamais assouvi de lendemains moins durs, qui forge une résistance à la souffrance hors du commun.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_1401" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1401 " title="DSC_0249" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/07/DSC_0249-300x183.jpg" alt="" width="300" height="183" /></a><p class="wp-caption-text">Les tombes de Chichicastenango</p></div>
<p style="text-align: justify;">Derrière la foire aux bestiaux se trouve le cimetière. Je n&#8217;ai jamais vu de tombes aussi colorées que celles de Chichicastenango. Tombeaux jaune, croix indigo, pierres tombales rouge vif, caveaux turquoises&#8230; Quel contraste avec les maisons grises et tristes des vivants ! Comme si après une vie de pleurs, la mort était une fête.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;ailleurs, il y a encore une fête ce soir là. Dans l&#8217;air glacé, pour célébrer Santo Tomas devant l&#8217;église. Le feu d&#8217;artifice sur <em>castillo</em> est de rigueur. Je voyage avec Martina, une belle autrichienne, pour quelques jours.</p>
<p style="text-align: justify;">A 2h30 de bus de Chichicastenango vers l&#8217;ouest, il y a Quetzaltenango alias Xela, la deuxième ville du pays. Si vous vous y rendez un jour, ne ratez sous aucun prétexte les antiquités du musée municipal, haut-lieu de mélange de la culture amérindienne ancestrale maya-quiché et du souffle de modernité apporté depuis la conquête des Amériques : on y trouve pêle-mêle une collection de quetzals empaillés, des échantillons de plantes séchées utilisées par la médecine traditionnelle, des curiosités zoologiques comme un agneau à huit pattes, de vieilles TSF, une explication détaillée de l&#8217;industrie du tabac dans les années 70, une dissertation de collégien sur l&#8217;utilité de l&#8217;aluminium, un foetus humain de cinq mois flottant dans un bocal de formol, et des portraits de divinités mayas comme la Déesse du suicide et le Dieu de la pêche et des cinq jours malchanceux&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Le soir, pour ne pas déroger à la pratique de la fête quotidienne en usage dans le pays, un orchestre philharmonique de marimbas (sorte de xylophone) fait vibrer le <em>parque central</em> dans un froid insensé. Les musiciens persistent malgré la douleur de leurs phalanges engourdies par le gel. La foule s&#8217;amenuise à mesure que bat la mesure et que le thermomètre fait dans la démesure. Cette nuit là, je prends certaines mesures : sept couvertures sur mon lit démesuré. En plus du sac de couchage&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_1402" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1402 " title="DSC_0459" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/07/DSC_0459-300x212.jpg" alt="" width="300" height="212" /></a><p class="wp-caption-text">Femme quiché</p></div>
<p style="text-align: justify;">A quatre heures et quart du matin, alors que je réalise avec brio un solo de marimba devant un parterre de 20.000 petits mayas prosternés, moi le Dieu des cinq jours bienheureux et des moutons à huit pattes, le réveil retentit. J&#8217;émerge lentement de ma somnolence. De quel droit ce petit con de bip bip électronique&#8230; Ah oui c&#8217;est vrai, aujourd&#8217;hui je vais escalader un volcan !</p>
<p style="text-align: justify;">Martina a mal digéré le fromage du Ricky Burger de la veille : intoxication alimentaire. Heureusement, ce type de désagréments ça me connait, alors je lui sauve la vie grâce à quelques pilules miracles. Je pars seul avec mon affable guide dans sa vieille auto déglinguée sur des pistes dans le même état. Déjà dans la nuit, des groupes en costumes traditionnels se rassemblent à la sortie des hameaux, entament marches et processions à la lueur des cierges et dans la buée des souffles en l&#8217;honneur de Notre-Dame de Guadalupe, Sainte patronne des Amériques.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n&#8217;imaginais pas une telle fréquentation du volcan Santa María. L&#8217;ascension d&#8217;environ trois heures à travers le brouillard des montagnes est ardue. Je marche de bon pas, mais me fais souvent dépasser par des groupes de Guatémaltèques de tous âges &#8211; y compris des femmes un enfant pendu au sein et des vieillards. Mon guide m&#8217;explique que ceux qui grimpent courageusement réalisent leur petit pèlerinage hebdomadaire en ce Jour du Seigneur, et ce à jeun sans même avoir bu une goutte d&#8217;eau. Le sol dégèle et laisse progressivement place à une boue glissante, sous l&#8217;action réchauffante des rayons du soleil qui filtrent à travers les pins. D&#8217;autres redescendent après une nuit de campement au sommet, à 3772m mètres de haut. Vu le froid dans la vallée 1400m plus bas et la robustesse des tentes made in Guatemala, on devrait inclure cette épreuve dans les tests d&#8217;entrée de la Légion étrangère.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_1403" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1403 " title="DSC_0366" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/07/DSC_0366-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">En haut du volcan Santa María</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le sommet du Santa María est jonché d&#8217;amas de fleurs, de cadavres de chèvres, de poulets sans têtes et de chiens écartelés. Ce sont les sacrifiés des sabbats et autres cérémonies de magie noire, dont les adeptes sont parait-il nombreux dans le pays. Mais mon guide m&#8217;assure que ceux qui sont montés à jeun en même temps que moi n&#8217;ont rien à voir avec ces barbaries : ce sont des catholiques. Ils se réunissent en cercle pour chanter à tue-tête dans les nuages en clapant des mains :<br />
- Jesuuuuus es maravillosooo, Jesuuuuuus es maravillosooooo !</p>
<p style="text-align: justify;">En plus du rendu sonore des oraisons en DTS surround, la vue 3D haute définition est grandiose. Perspective sur les hauts-plateaux à bâbord, panorama sur la plaine côtière bordant le Pacifique à tribord. Devant, derrière, trônent les dômes alignés de la spectaculaire chaîne volcanique qui court sur plus de 1000km du Panama au Guatemala. Imaginez la vue d&#8217;un microbe perché sur une dent de scie. De plus, mon volcan endormi est accompagné sur son flanc sud-ouest par son fiston, mille mètres en contrebas.</p>
<p style="text-align: justify;">Bébé volcan s&#8217;appelle le Santiaguito, et il est plutôt du genre enfant terrible hyperactif. Ce dôme de lave sort de sa sieste 25 à 28 fois par jour, pour entrer dans une crise pas croyable, une explosion vulcanienne de nuées ardentes d&#8217;environ trois minutes. Ce n&#8217;est pas tous les jours qu&#8217;on a l&#8217;occasion d&#8217;assister à une éruption vue d&#8217;en haut Mais bien sûr, il suffisait que je sois là pour que l&#8217;insolent <em>volcanito</em> n&#8217;en fasse qu&#8217;à sa tête : 1h30 d&#8217;attente et aucun panache de cendre à se mettre sous l&#8217;objectif. Mon guide me raconte les déboires des touristes imprudents qui s&#8217;approchent un peu trop près du Santiaguito. Quand ils ne sont pas emportés par les éruptions, les éboulements ou les coulées de boue, ils errent en aveugle dans la brume des jours durant. Il y a quelques mois on l&#8217;a appelé en urgence pour procéder au sauvetage d&#8217;un groupe de randonneurs allemands naufragés&#8230; ainsi que des pompiers partis à leur rescousse, également égarés.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_1404" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1404 " title="DSC_0400" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/07/DSC_0400-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Le Santiaguito</p></div>
<p style="text-align: justify;">Dans l&#8217;attente de l&#8217;éruption du Santiaguito qui ne viendra jamais, j&#8217;observe le cercle des fervents croyants qui continue de s&#8217;agiter. Au bout d&#8217;un moment le chant répétitif se fait plus intense, plus passionné. L&#8217;ardeur du recueillement va crescendo. Un vieillard se retrouve à genoux en train de marmonner des incantations inintelligibles à toute allure. Sa voisine, prise d&#8217;une frénésie similaire, lui impose ses mains tremblantes sur le crâne. Des corps se retrouves prosternés au sol, d&#8217;autres sont en proie à des spasmes divins. La prêtresse du rite continue de chanter dans un état fiévreux, les yeux clos et les paumes ouvertes vers les cieux. Je comprends alors que tous les membres se sont graduellement plongés dans une transe profonde.</p>
<p style="text-align: justify;">Hissés au niveau de tous les saints, ivres d&#8217;exaltation, affranchis de toute souffrance terrestre, accompagnés de l&#8217;esprit des morts, les Mayas partent se confronter à leurs anciens Dieux. Et moi, au milieu de cet enchevêtrement de corps possédés, je m&#8217;aventure entre les âmes en divagation, tentant de saisir quelques gouttes de ce mystère céleste. Dix minutes de transe plus tard, ils sont de retour sur terre, abasourdis, exténués par l&#8217;intensité de l&#8217;expérience.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_1405" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1405 " title="DSC_0416" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/07/DSC_0416-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">En pleine transe religieuse</p></div>
<p style="text-align: justify;">Ma première semaine au Guatemala, l&#8217;une des plus émouvantes de tout mon périple, s&#8217;achève par un vibrant hommage coloré à la <em>Vírgen de Guadalupe</em> dans Quetzaltenango, au son des pétards crépitants et des fanfares. Dire qu&#8217;au Guatemala les fêtes et les processions sont fréquentes relève du doux euphémisme. Personne ne s&#8217;en plaindra. Elles diluent la misère quotidienne des indiens et bercent d&#8217;euphorie les voyageurs de passage.</p>
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		<title>Guatemala part. 1 &#8211; Feu du Diable et punaises de nuit</title>
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		<pubDate>Sat, 25 Jun 2011 12:42:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>geoffrey</dc:creator>
				<category><![CDATA[* Le carnet de route]]></category>

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		<description><![CDATA[Antigua, la célèbre ville coloniale du Guatemala. Des tourbillons de fraîcheur montagnarde m&#8217;enveloppent à peine extirpé du vieux bus coloré. C&#8217;est qu&#8217;il faisait bien chaud à l&#8217;intérieur, pour la simple et bonne raison que rarement on a entassé autant de bétail humain sur si peu d&#8217;espace. A chaque rangée, trois passagers se calent sur la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Antigua, la célèbre ville coloniale du Guatemala. Des tourbillons de fraîcheur montagnarde m&#8217;enveloppent à peine extirpé du vieux bus coloré. C&#8217;est qu&#8217;il faisait bien chaud à l&#8217;intérieur, pour la simple et bonne raison que rarement on a entassé autant de bétail humain sur si peu d&#8217;espace. A chaque rangée, trois passagers se calent sur la banquette de gauche (prévue pour deux), trois sur celle de droite, et une personne au milieu dans le trou de l&#8217;allée centrale avec un bout de fesse de chaque côté. Les enfants, ne payant pas leur place, jouent les contorsionnistes.</p>
<div id="attachment_1391" class="wp-caption aligncenter" style="width: 210px"><a href="https://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1391 " title="DSC_1881" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/06/DSC_1881-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Heurtoir d&#39;Antigua</p></div>
<p style="text-align: justify;">Après avoir englouti quelques tortillas non identifiées autour d&#8217;un feu de poêle, le temps de reprendre des forces, je traverse le marché. C&#8217;est un véritable désordre illuminé, un vaisseau alibabesque scintillant dans l&#8217;obscurité. C&#8217;est sale, c&#8217;est poussiéreux, mais ça respire bon la vie. Une mélodie enchanteresse envahit les allées, s&#8217;échappant de guirlandes électriques de Noël éparpillées sur les stands. Le soir, plus propice à l&#8217;émerveillement, est le moment idoine pour faire ses premiers pas dans une ville légendaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Des frissons d&#8217;excitation me grimpent dans le cou. Mission première : trouver rapidement une chambre, enfiler au plus vite la vieille paire de jeans qui sommeille au fond de mon sac, et m&#8217;éclipser à la découverte de l’envoûtante cité préservée d&#8217;Antigua-la-vieille. Ce rubis des Indes espagnoles, ancienne capitale du Royaume de Guatemala figée dans les siècles malgré les séismes, s&#8217;étale à 1500m d&#8217;altitude.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;assiste d&#8217;emblée à une grandiose procession devant la cathédrale de San José. On fait prendre l&#8217;air à l&#8217;Immaculée Conception pour sa fête annuelle. Plusieurs hommes-feux d&#8217;artifice à tête de vache dansent avec les Dieux sur l&#8217;esplanade. Alors que ça pète de tous les côtés dans leur dos, ils se ruent subitement vers la foule, l&#8217;occasion de beaux mouvements de joie panique. Une roquette enflamme brièvement les lacets de mon voisin de cinq ans. Ça fait partie de la fête.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis comblé. Il ne me faut qu&#8217;une journée pour trancher : le Guatemala est mon pays préféré d&#8217;Amérique Centrale. Et je dirais même plus, mon deuxième pays préféré d&#8217;Amérique Latine après la Bolivie &#8211; les lamas en moins mais l&#8217;amabilité en plus. D&#8217;ailleurs les deux pays sont très semblables : des montagnes, des couleurs, des traditions, une population à majorité autochtone&#8230; Quel plaisir de se hisser enfin au-dessus de l&#8217;Amérique tropicale ! Autre point commun : le Guate et la Bolivie sont respectivement 15ème et 8ème de la liste des pays les plus inégalitaires au monde.</p>
<div id="attachment_1387" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1387 " title="DSC_1821" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/06/DSC_1821-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Les bus à la mode guatémaltèque</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le lendemain, c&#8217;est au tour du démon de parader dans les rues. Chaque 7 décembre, on brûle le diable. C&#8217;est la fameuse <em>Quema del Diablo -</em> une célébration symbolique dont les origines se perdent dans la nuit des siècles coloniaux. Voilà l&#8217;occasion de laisser partir en fumée tous ses soucis de l&#8217;année, de faire table rase sur ses vieux démons. Le cru 2010 propose un diable en papier mâché chevauchant un vélo de course, et sponsorisé par une compagnie de construction. La recette est élémentaire : farcir l&#8217;incarnation du Malin de feux d&#8217;artifice et de dangereux pétards, saupoudrer d&#8217;essence, faire flamber comme Jeanne d&#8217;Arc. Oubliez les cordons de sécurité, il y a une foule possédée à moins d&#8217;un mètre. Quelques minutes plus tard des flammes de cinq mètres de haut lèchent les fils électriques, il fait une chaleur d&#8217;enfer, tandis que des fusées partent dans tous les sens dans un vacarme de tous les diables.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Allá fueron los bomberos con sus campanas, sus sirenas !</em></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est avec dix minutes de retard que le corps municipal de sapeurs-pompiers décide d&#8217;intervenir dans la fournaise, sous les applaudissements marqués, tels des exorcistes descendus des ténèbres. Les <em>bomberos</em> se mettent à quinze pour noyer le Satan à bicyclette carbonisée sous un déluge de lances à incendies. Ils se démènent comme de beaux diables dans un bénitier pour délivrer la ville de ses démons. Quelques pétards continuent d&#8217;exploser à l&#8217;intérieur de la Bête, provoquant des &laquo;&nbsp;olé&nbsp;&raquo; infernaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques années auparavant, on ne renvoyait pas Lucifer en enfer sur cette place, mais un peu plus loin. Un capitaine de pompier américain en vacances avait alors failli s&#8217;étrangler en apercevant le démon s&#8217;embraser entre les deux plus grandes stations essence de la ville.</p>
<p style="text-align: justify;">- <em>Stupid</em> ! <em>Stupid</em> ! Que diable faites vous ?</p>
<p style="text-align: justify;">Personne ne semblait avoir remarqué le danger avant lui. L&#8217;histoire a bien fait rire la <em>población antigüeña</em>, et il a été décidé de déménager le damné brasier l&#8217;année suivante.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la rue, les vendeurs de cornes rouges clignotantes font un tabac. Les serre-têtes avec des bois de cerf (les cerf-têtes) s&#8217;écoulent également à un train d&#8217;enfer. Que le diable emporte les Guatémaltèques s&#8217;ils ne mélangent pas tout : le démon avec le cyclisme avec le père noël avec les saints avec les pompiers !</p>
<div id="attachment_1388" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/06/eldiablo2.jpg" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1388 " title="eldiablo" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/06/eldiablo2-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a><p class="wp-caption-text">El Diablo avan sa descente aux enfers</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le soir je vais danser la salsa avec une hippie new-yorkaise lesbienne. Elle m&#8217;explique qu&#8217;une nouvelle tendance fait fureur aux Etats-Unis : la grève de l&#8217;épilation. Tous poils dehors! C&#8217;est à celle qui exhibera le plus son pelage et qui aura les plus grandes auréoles sous les aisselles, le tout sans aucun complexe dans le but de lutter contre le diktat de la mode. Attention, la <em>fashion</em> est en train de traverser l&#8217;Atlantique. Elle m&#8217;alerte également sur la nouvelle grande frayeur des voyageurs et des hôteliers : les <strong><em>bed bugs</em></strong>, autrement dit les punaises de lit. Allez voir cette petite <a href="http://www.youtube.com/watch?v=WfKCcSPCOQo&amp;feature=related">vidéo</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Petit nom scientifique : Cimex lectularius<br />
Taille : 5 à 8 mm<br />
Alimentation : sang humain<br />
Activité : nocturne<br />
Habitat : micro-fissures de votre sommier, matelas, plinthes, moindres recoins du mobilier, prises électriques, parquet, etc.<br />
Symptômes chez l&#8217;être humain : papules, démangeaisons, transmission d&#8217;agents pathogènes, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Chaque femelle peut pondre deux œufs par jour. Si rien n&#8217;est fait, les <em>bed bugs</em> vont peu à peu envahir votre chambre, et chaque matin vous vous réveillerez avec davantage de boutons et de démangeaisons. D&#8217;ailleurs une énorme épidémie sévit en ce moment à New York, et avec le boom des voyages internationaux, la contamination est mondiale. Préparez-vous donc à voir arriver prochainement chez vous ces terribles petites bêtes voraces.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il est extrêmement difficile de s&#8217;en débarrasser : il faut congeler la literie pendant plusieurs semaines à -40°C, faire bouillir tous les vêtements et rideaux, mettre la chambre en quarantaine (les punaises de lits peuvent survivre un an sans sucer de sang) et vaporiser quotidiennement le moindre recoin de tous les insecticides que vous trouverez dans les supermarchés de la région. Il y a plus simple : déménager.</p>
<p style="text-align: justify;">Seul avantage : les punaises de lit peuvent aider la police scientifique à identifier l&#8217;ADN de la personne ayant dormi dans le lit jusqu&#8217;à trois mois après&#8230;</p>
<div id="attachment_1389" class="wp-caption aligncenter" style="width: 208px"><a href="https://picasaweb.google.com/gmetais" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1389 " title="portesantigua10" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/06/portesantigua102-198x300.jpg" alt="" width="198" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Portes d&#39;Antigua</p></div>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mes cauchemars de <em>bed bugs</em> s&#8217;évaporent à mon réveil : aucune piqûre n&#8217;est à déplorer. Je prends le petit déjeuner sur la terrasse ensoleillée de l’hôtel dans un cadre enchanteur : vue sur les toits et les trois volcans qui couronnent Antigua, dont un toujours actif. Puis c&#8217;est parti pour la flânerie sans relâche sur les pavés chaotiques des petites ruelles à angles droits de cette ville-musée au charme fou. Entre les rangées de petites maisons pastels, on découvre de vieilles églises coloniales aux façades sculptées, d&#8217;honorables demeures baroques, des cloîtres et des patios rafraîchissants, des bijouteries de jade, des temples en ruine fissurés par les tremblements de terre.</p>
<p style="text-align: justify;">A l&#8217;heure de la sieste, sur une petite place carrée fleurie, tandis qu&#8217;un âne et sa carriole patientent sous un palmier, des femmes courageuses frottent des étoffes multicolores dans les vieux lavoirs à l&#8217;ombre des arcades. Mais c&#8217;est encore le marché que je préfère. Il est permanent mais s&#8217;anime d&#8217;une lueur particulière lorsque, trois fois par semaine, les petits producteurs vêtus de costumes traditionnels descendent du flanc de leur volcan pour venir quêter quelques <em>quetzales</em> en échange de leurs maigres récoltes d&#8217;avocats, de poivrons, de mandarines. Les descendantes des Mayas &#8211; gosse niché sur le dos dans une couverture bariolée &#8211; portent depuis Mathusalem de gigantesques paniers sur la tête. Une seule chose à faire : s&#8217;asseoir dans un coin et en prendre plein les yeux.</p>
<p style="text-align: justify;">Le <em>ceviche</em> local est un régal : crabe, crevettes et escargots mélangés à de la tomate, de l&#8217;oignon et de la menthe. Ma gargotière attitrée, la propriétaire de la brasserie où je commence à devenir un habitué, m&#8217;invite à la feria de Ciudad Vieja en compagnie de sa famille. Je suis rebaptisé Jorge &#8211; c&#8217;est ce qui se rapproche le plus phonétiquement de Geoffrey.</p>
<div id="attachment_1390" class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><a href="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/06/DSC_1734.jpg" target="_blank"><img class="size-medium wp-image-1390 " title="DSC_1734" src="http://ne-mattendez-pas-pour-diner.fr/blog/wp-content/uploads/2011/06/DSC_1734-300x233.jpg" alt="" width="300" height="233" /></a><p class="wp-caption-text">Au marché d&#39;Antigua</p></div>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour la petite histoire, la nuit du 10 septembre 1541, le volcan surplombant Ciudad Vieja se fissurait. L&#8217;eau endormie du cratère se répandait sur la ville et la détruisait.</p>
<p style="text-align: justify;">Les fêtes foraines de chez nous sont d&#8217;un ennui&#8230; La feria de la Ciudad Vieja, c&#8217;est l&#8217;aventure totale. Nous grimpons dans la grande roue brinquebalante qui, c&#8217;est évident, a déjà fait le bonheur de plusieurs générations. Des paysans, des étoiles pleins les yeux, se saignent pour offrir un tour de grande roue à leur nombreuse progéniture en souvenir de leur enfance. L&#8217;armature rouillée est rafistolée avec de la ficelle. La nacelle grinçante, qui bascule d&#8217;avant en arrière, n&#8217;inspire pas vraiment confiance et il est facile de glisser dans le vide si on fait l&#8217;imbécile. On a l&#8217;impression que la grande roue va se décrocher à tout instant et commencer une descente infernale des rues de la Ciudad Vieja comme la fameuse coulée d&#8217;eau d&#8217;un demi-millénaire plus tôt. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;on rigole !</p>
<p style="text-align: justify;">Après avoir remporté quelques porte-clefs au stand de la carabine à air-comprimé, nous nous empiffrons de tacos, de frites, de pizzas&#8230; J&#8217;expérimente le fameux <em>ponche de frutas</em>, la boisson traditionnelle de Noël, sorte de salade de fruits exotiques à la cannelle cuite dans une grande marmite. Ainsi que l&#8217;<em>atol</em> : purée de maïs, sucre, cannelle. On trimbale je ne sais encore quel saint patron dans les rues (me semble que c&#8217;est peut-être bien une nouvelle fois la Vierge de la Conception). Et toutes ces réjouissances finissent en apothéose devant le <em>castillo</em>, un échafaudage de 6 à 7 mètres de hauteur tout de bric et de broc qui sert de plateforme pyrotechnique. Il va sans dire qu&#8217;il est cerné d&#8217;un périmètre de sécurité ridicule. C&#8217;est un grand moment, un enchaînement surréaliste de gerbes d&#8217;étincelles, d&#8217;explosions célestes, de roues enflammées, le tout activé par un mécanisme artisanal de mèches, dans un timing millimétré créant un suspense haletant. Et le bouquet final : des toupies qui s&#8217;envolent à la verticale à une hauteur vertigineuse dans un boucan d&#8217;enfer tel des soucoupes volantes. J&#8217;en attrape un sacré fou rire.</p>
<p style="text-align: justify;">La soirée se termine par un concert de cumbia évidemment. Ici aussi on a le rythme dans la peau. Nous assistons à un ultime spectacle : un début de bagarre générale. Un vrai bonheur ce pays ! Cependant, il faut décamper rapidement sur les conseils avisés de la famille. Comme pas mal de types se promènent le flingue à la ceinture, ça peut déraper en moins de temps qu&#8217;il n&#8217;en faut pour le dire. Un Français qui étudie à Antigua me raconte qu&#8217;il a déjà assisté à deux fusillades de rue en quelques mois.</p>
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