Je trouve que le challenge que vous m’avez fixé est trop clément. Pour faire pénitence de mes péchés, sans doute responsables de ma poisse actuelle, je prends l’initiative de corser un peu le défi : passer non pas 3 jours, mais 10 jours de recueillement dans un monastère bouddhiste. Et pour ne pas faire les choses à moitié : en immersion totale et dans le silence.
Avant d’entrer au couvent, il faut se plier au rituel de la tonsure. La coiffeuse de Surat Thani, dans le sud de la Thaïlande, s’en donne à coeur joie. Elle fauche sans pitié la chaume de mon toit. Les belles mèches dorées qui assuraient ma renommée auprès de la gent féminine mondiale me tombent sur les épaules. Je me retire du monde pour me consacrer à la méditation, cela ne va pas sans quelques sacrifices.
Je siffle une dernière bière en compagnie de Mr. Yoon la veille de rentrer dans les ordres. Il n’a pas hésité plus d’un quart de seconde avant de proposer son jardin pour y planter ma tente. Mr Yoon est businessman : il produit de l’huile grâce à sa palmeraie, et commercialise la spécialite du coin : des oeufs de canards qui ont trempé cinq jours dans un mélange de terre et de sel. Un gros collier de bouddhas orne sa poitrine. C’est avec un pointe d’admiration et de fierté qu’il me dépose, le 31 décembre à 6h du matin, devant les grilles du monastère de Suan Mokkh. Il s’agit en effet de l’un des lieux saints les plus renommés de Thaïlande. Une retraite principalement ouverte aux étrangers y est organisée, les dix premiers jours de chaque mois. Impossible de réserver, il faut s’y rendre la veille.

Qui aurait l’idée de passer un réveillon de la Saint-Sylvestre isolé de toute festivité, dans les conditions les plus sommaires ? Une belle bande d’illuminés à la recherche de l’illumination. C’est l’occasion de s’échapper de toute la crasse touristique. Et une bonne excuse pour s’éloigner de la Foulmoune Party, la quintessence de la débauche, une gigantesque rave-orgie sur l’ile de Koh Pha Ngan qui accueille chaque soir de pleine lune entre 20 000 et 30 000 fêtards en transe. Sauf que pour la première fois, l’astre des nuits est à son apogée pile pour le passage de la nouvelle année : 50 000 noctambules sont attendus, et pas forcément les plus fins d’esprit.
Passer le nouvel An dans dans un monastère, ça a plus de classe. Façon de parler, car la cellule dans laquelle on me conduit me rappelle les geôles de la
prison S-21 à Phnom Penh. Je découvre mes futurs voisins : le sosie de Schwarzenegger à ma gauche (un Allemand silencieux musclé de partout), et la réplique d’Al Pacino à ma droite (une grande gueule d’Italien tatoué de partout). Les conditions de détention sont draconiennes. Lit en béton, oreiller en bois. Mon téléphone et mon appareil photo sont mis sous scellés. Interdiction de lire, interdiction d’écrire, interdiction d’écouter de la musique, interdiction de chanter, interdiction de danser, interdiction de regarder des spectacles, interdiction de boire de l’alcool, interdiction de fumer, interdiction d’avoir une activité sexuelle physique ou mentale, interdiction de mettre du parfum, interdiction de porter du maquillage ou des bijoux, interdiction de faire trop de bruit, interdiction de tuer des être vivants.
Or la première chose que j’aperçois dans mon cachot est une araignée géante. Malheureusement pour elle, je suis un arachnophobe notoire. La retraite n’est pas encore officiellement lancée, donc je me permets une légère entorse du pied droit au règlement, en l’aplatissant sous ma semelle. D’après l’enseignement du Bouddha, si un moustique me pique, il faut que je me concentre pour passer outre. La douleur et la colère sont impermanentes. J’ai du mal à me plier au code monastique. D’autant plus que ma moustiquaire est toute trouée. D’anciens pensionnaires ont tenté de la raccomoder à l’aide de sparadrap ou de pansements. Mais comme les moustiques du coin se repaissent de sang frais à volonté sans risquer de finir comme mon araignée, ils sont devenus obèses. Et ne parviennent plus à passer à travers les mailles béantes.
Dans le même souci de simplicité, l’eau de pluie sert pour le lavage des vêtements, et pour la douche. Et devant les toilettes – qui me rappellent mon séjour en Turquie - une affichette vante les mérites du nettoyage à l’eau. Apparemment si tous les Chinois et les Indiens utilisaient du papier toilette, il n’y aurait plus d’arbre depuis belle lurette sur la planète. Difficile à vérifier, mais je suis conquis. Se laver les fesses avec trois doigts de la main gauche juste avant le repas, j’ai testé pour vous pendant 10 jours.
Après une journée explicative, nous avons l’honneur d’assister au discours d’introduction de l’abbé révérend. Du haut de ses 78 ans, il ressemble au vénérable maitre Yoda. Après avoir marmonné une oraison pseudo-spirituelle dans un anglais de cuisine, l’auguste vieillard nous somme de nous taire pour les dix prochains jours. Seuls les moines et les instructeurs auront le droit de s’exprimer. Je n’ai jamais vraiment excellé au roi du silence (sauf contre ma cousine Clémentine mais là c’est trop facile), je suis même plutôt du genre à avoir la parlotte. Et hop, pas de dîner, nous sommes expédies au lit. Et oui, il n’y a que deux repas par jour : le petit dejeûner, et le « dîner », à midi. Je m’endors le dernier soir de 2009 a 21h, bercé par le concert des pétards des festivités qui résonnent.
A quatre heures du matin, le 1er janvier, je suis d’habitude saoul et fatigué. Cette fois-ci, quand la grosse cloche m’éjecte hors des bras de Morphée, je suis fatigué et j’ai le crâne raboté. C’est là toute la subtilité de l’oreiller en bois : ça ne donne pas envie de se prélasser au plumard.
Pendant dix jours, le même programme, digne de celui des commandos d’élite :
04h00 - Lever
04h30 – Lecture matinale puis méditation assise
05h15 – Yoga
07h00 – Speech puis méditation assise
08h00 – Petit déjeûner
10h00 – Méditation assise
11h00 – Méditation en marchant
11h45 – Méditation assise
12h30 – Déjeûner
14h30 – Cours de méditation puis méditation assise
15h30 – Méditation en marchant
16h15 – Méditation assise
17h00 – Chants bouddhistes
18h00 – Thé
19h30 - Méditation assise
20h00 - Méditation en marchant de groupe
20h30 – Méditation assise
21h00 – Dodo
Pour résumer, de la méditation à gogo. La plupart des quatre-vingt-douze participants viennent de loin pour assister à cette retraite. Beaucoup sont présents pour une 2ème ou 3ème fois. Il y a de tous les âges, et de toutes les nationalités – beaucoup d’Allemands, d’Anglais, de Français et d’Américains. Et deux fois plus d’hommes que de femmes. Pour éviter toute tentation, les deux sexes sont presque constamment séparés. Je m’attendais à trouver des anciens alcooliques anonymes, de vieux hippies adeptes de la vie en communauté, des Pattayistes repentis, des transfuges de la scientologie, des kamikazes fanatiques devenus pacifistes : non non, rien de tout cela, les adeptes de la méditation sont des gens qui semblent tout a fait normaux – extérieurement du moins.

La technique de méditation enseignée dans ce monastère est nommée Anapanasati. C’est la méthode originelle que prônait le Bouddha sous son Muchalinda. Il s’agit de se concentrer sur le souffle, pour accéder, en 16 étapes, au nirvāṇa : la paix intérieure totale et permanente. L’idéal pour s’adonner à la méditation est de mener une vie confinée, libérée de toutes les contraintes, à l’écart des villes et des sources d’excitation artificielles, au calme et au milieu de la nature. C’est exactement ce que propose Suan Mokkh. Le cadre est somptueux : un grand jardin, avec plusieurs étangs. Aucun bruit, sinon celui des oiseaux et des insectes, et le vent bruissant dans les branches. C’est über-relaxant.
1er jour : enthousiasme
Au début, tout il est beau, tout il est nouveau. Même si mon esprit part en vadrouille lors des séances de méditation, je parviens tout de même à me concentrer. J’apprécie également les leçons de yoga. Le temps fort de la journée est la marche de groupe le soir. Quatre-vingt-dix personnes en fisherman pants, qui suivent en file indienne un moine qui fait 5 fois le tour d’un étang, pieds nus et en silence : j’ai l’impression d’avoir rejoint une secte new age ou d’être en pleine procession d’Hare Krishna. Les geckos couinent, les grillons grillottent, les crapauds croassent. La nature m’inspire, je me sens l’âme d’un poète. Les étoiles brillent, les flammes des lampions vacillent, les reflets sur l’eau frétillent, les lucioles scintillent. Et la pleine lune se lève. Elle remporte la palme d’or de la lumière.
2e jour : optimisme
Les sessions de méditation assises alternent avec les sessions de méditation en marchant. Le but est de décomposer chaque pas en une fraction de petits mouvements. Il faut être entièrement conscient de chaque geste, tout en oubliant tout le reste et en empêchant l’esprit de divaguer. C’est un exercice difficile.
Chaque membre de la communauté doit choisir une tache quotidienne. J’opte pour l’option feignant : nettoyer les tables après le thé. C’est plus facile que de laver les toilettes. J’ai donc pleinement l’occasion de profiter du temps libre pour piquer un roupillon afin de rééquilibrer mon sommeil en retard.
3e jour : doutes
« Qu’est-ce que je fais la ? Ma vie est heureuse, à quoi ça sert de méditer ? » sont les questions qui commencent à me trotter dans la tête dès le 3ème jour. Je sollicite un entretien privé avec un moine. Il m’explique qu’en fait, si l’on réfléchit bien, nous sommes sujets à une foule de sentiments négatifs au quotidien, appelés dukkha : le stress, la colère, la peur, l’avidité, l’égoïsme, l’insatisfaction, etc. L’être humain est prisonnier de ses émotions. Pour se délivrer de cette souffrance, Bouddha propose une voie : la méditation. Et avant de sauver le monde, il faut se libérer soi-même. Selon le bonze, je me suis un peu mélangé les pinceaux dans les étapes de méditation. Cela me redonne foi. Pour quelques heures du moins…
4e jour : espoir
Je suis en pleine lévitation. Trop de concentration, c’est fatal : à 3m au-dessus du sol, je me cogne la tête sur le plafond. Je m’écrase sur mon oreiller en bois en retombant. Aie ! Il est 4h du matin. La grosse cloche sonne le glas de mon rêve. J’ai une bosse derrière le crâne. C’est l’heure de sortir de mon caveau. Une armada de zombies se met peu a peu en mouvement. Les yeux mi-clos, le regard dans le vague, la bave au coin de la lippe, ils arrivent de toute part en clopinant au milieu de la nuit, pas après pas. Ils se frayent un passage à travers la brume des marais en direction du hall de méditation, survolés par des nuages de chauves-souris, afin de participer à une orgie méditative. Il y a affusion de sang dans les tempes. Thriller après l’heure. Mais les seuls qui se gorgent d’hémoglobine, ce sont les moustiques.
Si je manque de me faire égorger, c’est bien le 4ème jour. Alors que je me trouve en pleine session de méditation, aux prises avec la position du lotus, noyé dans des effluves de crèmes anti-moustiques à 4h30 du matin, je me rends compte que j’ai deux clés dans ma poche. Zut. J’ai enfermé mon voisin italien par erreur. Celui qui a plein de tatouages et qui n’a pas l’air d’un enfant de coeur. Zut zut. En vitesse, je cours le libérer. Il n’est pas ravi, mais la méditation a des effets positifs sur son état d’esprit, et il se ravise de justesse avant de m’assommer.
Mon esprit divague. Je me concentre aussi bien qu’un moineau sur une équation différentielle. Heureusement, chaque jour, nous recevons l’enseignement d’un moine anglais. Son discours est très instructif et interloquant, je l’écoute avec avidité. Il a participé à la même retraite en 1994, avant de décider de devenir moine lui-même. Il a mis vingt ans avant de compléter les seize étapes d’Anapanasati, et n’est parvenu qu’à une semi-illumination.
Avant chaque repas, nous récitons en coeur dans le réfectoire un mantra qui dit à peu près ceci : « Je mange non pas par plaisir, mais pour permettre à la continuité corps/esprit de se maintenir. Je m’abstiens donc de toute pensée négative. » Je n’ai donc pas le loisir de me plaindre de l’utilisation massive de l’infâme coriandre qui sabote la plupart de mes repas. De toute façon, il nous est interdit de parler. Une odeur de saucisse véhiculée par le vent me monte au nez en pleine méditation… Pas facile de mener une vie d’ascèse.
6eme jour : rebellion
Rien ne va plus. Dukkha à son paroxysme. J’ai des pulsions de meurtre : j’assassine une araignée et trois moustiques. Je fantasme sur une bavette saignante flottant dans une marmite de coca-cola. Je rêve d’Epéda, de coussins moelleux, de machine à laver. J’ai des envies de scandale, de grasse matinée, d’école buissonnière. Je me retiens de donner des claques au moine supérieur, de crier « Bon ça va on a compris ! » au 50ème coup de cloche, et de jouer de la trompette en pleine salle de méditation. J’ambitionne de brûler tout le gingembre et la coriandre des cuisines. Je rêve de Lac Baïkal, de Malaisie, et de samba en Amérique du Sud. Et bien sûr, je suis en manque de fromage de chèvre (mais ça, ça fait neuf mois que ça dure). J’ai encore un sacré chemin a faire avant d’atteindre la libération spirituelle.
7e jour : journée mortifère
Se focaliser sur sa respiration et sur le bout de son nez, encore et toujours, c’est un coup à finir maboul. Après 3h de recueillement non-stop, il m’est toujours impossible d’arriver à quoi que ce soit. Au diable la méditation ! Je maudis Bouddha et l’ensemble de ses disciples pour les siècles et des siècles. Amen. C’est dur dur. J’ai envie d’abandonner. Mais un vrai aventurier ne renonce jamais. Sauf Mike Horn lorsqu’il a tenté d’atteindre le pôle Nord, et qu’il a dû se faire amputer le bout des doigts. Mais lui c’est un petit joueur…
Chaque jour, à 17h, nous récitons des cantiques bouddhistes. Sabbakāyapatisamvedi passambhayam kāyasankhāram assasissāmiti… Je suis d’autant plus content de chanter que les psalmodies annoncent l’heure du thé, suivi de la baignade dans les sources d’eau chaudes. Ahhh ! Le seul moment de la journée où je suis content d’être là.
8e jour : morosité
Les voies du Bouddha me sont impénétrables. La méditation, c’est sympa une fois de temps en temps, mais en permanence toute la journée pendant 10 jours, c’est lassant. J’ai hâte d’en finir. Je sèche quelques cours de méditation, et je me divertis comme je peux.
Je consacre la plupart de mon temps à observer la nature. Nourrir les poissons-chats avec des termites, c’est très rigolo. Des geckos font un festin de roi en gobant les insectes aveuglés par la lumière d’un néon. Tiens, deux criquets qui s’accouplent : passionnant ! Je me trempe les pieds dans un bassin où des petits poissons tètent mes peaux mortes. Mais le plus captivant, ce sont les fourmis : ces créatures divines sont diablement intelligentes. Toujours en bande, toujours avec une communication remarquable. Je les contemple en train de couver des pucerons pour en récolter le nectar. Les fourmis ont conquis la terre longtemps avant nous. Même une coalition mondiale USA / Europe / Chine / Ben Laden ne parviendrait pas à les éradiquer. Ils ne leur reste plus qu’à s’approprier le reste de l’univers. Mais là, ils vont avoir besoin d’un vaisseau spatial…
Je remarque que le matin je suis plutôt d’humeur ronchonne, tandis que le soir, je peux me concentrer. Le huitième soir, mon attention est bien meilleure que d’habitude. Je prolonge la méditation dans mon lit (si on peut appeler ca un lit), avec du persil dans les oreilles. Mes efforts de concentration portent leurs fruits et j’ouvre une porte secrète. Pendant plusieurs heures, je voyage dans les méandres de ma pensée, à travers le labyrinthe de mon âme, dans le tréfonds de ma conscience, perdu aux confins de l’esprit. J’assiste à une énergétisation totale de tout mon corps. Je ne sais pas exactement dans quel trip je m’engage, mais très loin, dans la 6ème ou la 8ème dimension. Les effets sont impressionnants. Pas besoin de drogue pour plâner. Je comprends mieux comment Alexandra David-Néel a réussi à méditer pendant 2 ans, recluse dans une grotte du Sikkim, à 4000m d’altitude. Elle était en plein élévation mystique dans les nuages.
9e jour : surprise !
Les participants apprennent joyeusement que c’est le Jour du Grand Silence : moins de blablabla, et le départ du sprint final méditatif. Assis en tailleur sur les starting-blocks, j’ai faim. Car pour se conformer un peu plus à la vie monastique, il n’y aura pas de repas du midi. Le petit déjeûner est l’unique collation de la journée. Je me goinfre au maximum tout en grommelant. Ce n’est pas la Journée du Grand Silence, c’est la journée de la Grande Faim. Je l’interprête plutôt comme la Journée du Grand Repos. Je boycotte toute méditation dans ces conditions. Même à Guantanamo, les détenus sont mieux traîtés ! Ils auraient dû nous prévenir à l’avance, j’aurais fait une réserve de tablettes de chocolat.
J’entame une grève du jeûne en signe de protestation. Je farfouille dans les hautes herbes, et finis par dégoter une méga noix de coco. C’est là que mon expérience d’aventurier m’est utile : ouvrir une noix de coco est un exercice fort technique. Je chéris mon couteau roumain, qui démontre une nouvelle fois toute son utilité. Le soir, je sirote toutes les vitamines de l’alphabet, ravi. J’assiste à la symphonie en gargouillement d’estomac majeur de mes compagnons de mitard.
10e jour : c’est pas trop tôt
Ah, le dernier jour ! Quelle joie ! Je me prépare toute la journée au speech de 5 minutes que l’on peut donner volontairement le soir, devant toute l’assemblée. Les autres discours parlent « d’expérience extraordinaire » ou de « meilleure semaine de ma vie ». Je me fais le porte-parole de ceux qui ont capitulé. Il y a eu 22 abandons sur 92 participants. Ce qui donne à peu près ça :
« Je ne suis pas venu ici pour la méditation, mais plus par curiosité et pour le challenge. Je n’ai réussi à méditer que le 8ème jour, et ça m’a complêtement épuisé. Je suis plein de dukkha. Je pense que je ne suis pas assez mature pour avoir vraiment envie de m’en séparer. Mais somme toute, ce fut une expérience bénéfique. J’ai pu parfaire mon initiation au bouddhisme. Peut-être que je reviendrai quand je serai prêt. Vous risquez de me revoir dans 10 ou 20 ans. »
Le bouddhisme semble proposer des solutions à l’ensemble des problèmes actuels : paix avec soi-même, amour non seulement de son prochain mais de tout être vivant (ne pas tuer d’animaux), respect de l’environnement, vie saine, fin du matérialisme et de l’individualisme, fin de la course vers les plaisirs superficiels, esprit de tolérance, fraternité humaine, réponse aux sempiternelles questions qui tourmentent l’être humain (telles que « Quel est mon but dans la vie ? » ou « Que fais-je ici sur terre ? »), chemin vers le bonheur, sagesse, délivrance des souffrances, etc…
Le problème est que la plupart de l’humanité n’est pas apte à saisir pleinement les préceptes du Bouddha. Et rares sont ceux qui parviennent à l’Illumination. C’est trop compliqué, philosophique et spirituel pour le commun des mortels, moi y compris. Les chantres du bouddhisme ont fort à faire. 2553 ans après la mort de l’Eveillé le monde va toujours aussi mal. Lorsque l’on regarde le nombre de conflits dans les pays « bouddhistes » lors du siècle précédent, on ne peut qu’être sceptique…
11eme jour : retour du bruit
Ca fait du bien de discuter avec mes collègues de méditation. Les personnalités se révèlent, les sourires éclairent les visages, le charme transparaît alors qu’il était invisible pendant 10 jours. Nous visitons le monastère principal. Il a été fondé par l’un des moines les plus révérés de toute la Thaïlande : Vénérable Ajahn Buddhadasa. Selon lui, le bouddhisme n’est ni une religion, ni une philosophie, mais une science. A Suan Mokkh, pas de place pour la réincarnation. Nous découvrons le squelette d’une ancienne nonne, surmonté d’un écriteau : « Avant, j’étais comme vous. Bientôt, vous serez comme moi. »
A ma sortie, je ressemble à un prisonnier de guerre afghan : cheveux ras, barbe en pagaille, pâle, amaigri, fatigué. Je n’aurais jamais cru que ce serait si dur. Pas facile non plus le retour à la réalité : je me retrouve sur l’autoroute, égaré entre les rugissements des automobiles. Heu… c’est par où la Malaisie ? Finalement, je n’étais pas si mal dans mon couvent…
Arrivé dans la ville de Trang, pas une minute à perdre. Je file droit vers le centre commercial. Je commande une pizza XXL et un litre de Coca. La serveuse me regarde stupéfaite : elle assiste au festin d’un ogre qui sort d’hibernation.
Bon oufffffffffff!
Tu ne vas pas devenir moine bouddhiste! mais ça m’aurait étonné quand même !
Gros bisous
Commentaire par maman Martine — 28 janvier 2010 @ 18 h 49 min
Ah on l’attendait ce recit ! C’est tellement bien écrit, est-ce que tu y as reflechi pendant 10 jours ? Félicitations en tous cas pour ce défi plus que relevé. Et je trouve qu’on a eu une bonne idée de voter pour celui-ci.
Commentaire par Sego — 28 janvier 2010 @ 19 h 41 min
Bravo Geoffrey pour cette performance ! C’est sûr que ça a l’air bien différent de Pattaya, à en croire ce qu’en dit Wikipédia. Le risque que tu rentres dans les ordres semble en effet écarté, me voilà rassuré.
Bon séjour en Malaisie !
Commentaire par Ludo' — 28 janvier 2010 @ 22 h 07 min
je te remercie de nous faire partager cette expérience intéressante. heureusement qu’il y avait la nature autour de toi pour t’aider à supporter 10 jours de silence et de méditation!
sais tu que le record de Clémentine au roi du silence est une heure ?
Estelle vient de recevoir ta carte de malaisie ;tu as mange des fraises ?
toute la famille t’embrasse
Chantal
Commentaire par métais — 29 janvier 2010 @ 11 h 55 min
Aille aille aille Jojo. Ça fait 15 jours que j’attends ce récit. Mais ça valait la peine. Bravo pour avoir relevé ce défit avec autant de brio. Continue à nous surprendre avec ton écriture renversante.
Commentaire par Maïté — 29 janvier 2010 @ 15 h 30 min
Merci cher Geoffrey : Ce récit est bien intéressant. Mais comme il est rempli d’auto dérision, je me demande ce qui est vrai?Avais-tu le droit de noter chaque jour ce que tu faisais ?
Je suis sûre toutefois que tu n’avais pas grand-chose à manger, car tu es dans cette partie de l’humanité qui ne mange pas à sa faim….
Ceci dit j’ai vraiment été intéressée, car nous avons eu une visite du grand monastère de OULAN OUDE par une jeune guide bouddhiste qui disait des choses très différentes: là-bas, c’est vraiment une religion! Seulement les petits moines démarrent très jeunes! Dès 6-7 ans, ils sont plus malléables!
Bref, il y a « des bouddhismes » et tu nous as bien retracé cette recherche du détachement de tout.
Quel est le programme maintenant?
Je t’embrasse, ta tante Odile
Commentaire par rodet odile — 29 janvier 2010 @ 17 h 19 min
« les grillons grillottent »
J’aime beaucoup ;p
Tres beau recit!
Commentaire par Sebou — 29 janvier 2010 @ 17 h 31 min
Felicitations Gef, tu as préparé ta conversion, tu y reviendras certainement dans un monastere!!
Commentaire par Antoine — 30 janvier 2010 @ 20 h 39 min
Coucou Geoffrey !!!
Nous avions perdu ta trace, mais sur conseil de Ludo, nous avons repris la lecture dare-dare, en partant de la fin, et que d’émotion !!
L’écriture et sublime, les photos magnifiques … ça donne envie ! Nos petites routines d’Européens nous semblent ensuite bien fades … alors continue d’en prendre plein la vue et de partager !
Comme il est encore temps, nous te souhaitons que l’année 2010 soit encore plus riche en couleurs que celle qui s’est achevée au monastèr !
J’ai déjà dit à Ségo qu’il faudrait peut-être qu’elle s’atèle à te trouver un éditeur …
Bon vent,
Anneso (la soeur de Ludo), Guillaume & Elsa
Commentaire par Anne-Sophie — 31 janvier 2010 @ 0 h 18 min
Ton meilleur post depuis le début à mon goût !
Bravo pour avoir tenu 10 jours. L’entrainement des forces spéciales, psychologiquement, c’est Dysneyland à côté.
T’as trouvé un bateau sinon?
Commentaire par JP — 31 janvier 2010 @ 16 h 09 min
Merci a tous pour vos encouragements !
)
Pour repondre a Odile : non la Thailande est tres developpee, dans 10 ou 15 ans ils rattrappent le niveau de l’Europe. La plupart des Thailandais mangent a leur faim.
Et oui j’ai pris des notes pour cet article pendant les 10 jours, ca m’a bien occupe
Commentaire par Geoffrey — 3 février 2010 @ 8 h 48 min
geoffrey bonjour
merci pour nous avoir relater ton expérience .Dans la Famille Supper Metais
LE premier tonton hubert seminariste,le deuxieme toi un stage de Bouddhisme,le troisieme!!!!!!!.
Dominique a un ami qui en a fais un aussi.on attend encore de tes nouvelles.A bientot Odette Didier
Commentaire par odette salliot — 3 février 2010 @ 10 h 38 min
Mais alors, tu as pris des notes alors que tu n’avais pas le droit d’écrire ?
J’ai rêvé qu’il t’arrivait un sale truc en Chine, heureusement que tu es parti de Chine.
On a bien reçu ta carte de Kuala Lumpur, merci !!! On était ravis
Commentaire par Sego — 9 février 2010 @ 14 h 12 min
I vote for:
8*) Drink ayahuasca with a shaman in the Amazon rainforest!!!!!!
Good luck!!!!!
Commentaire par Constanza — 4 avril 2010 @ 1 h 16 min
tombee par hasard sur cet article, je pensais y passer mais apres lecture, je pense secher la case meditation. merci d’avoir fait le test pour nous
. bonne continuation.
Commentaire par cab — 15 avril 2010 @ 10 h 08 min
Très joli texte plein d’humour. Je continuerai à méditer devant un verre de Chang.
Commentaire par Pascal — 30 octobre 2010 @ 8 h 29 min
j’ ai fait cette médite et j’ai ressenti les mêmes sensations que toi.J ai abandonné entre désespoir et rébellion trop difficile pour une première fois.Je suis retourné deux ans plus tard dans un autre centre aussi difficile mais j’étais mieux préparé ce qui m’a permis de tenir jusqu’au bout.Aujourd’hui j’ai complètement arrêté la médite , mais je crois que mon cerveau n’a rien oublié.Je me suis marié avec une Thai et je vais habité là bas et j’ai bien envie de vérifier une nouvelle fois si mon corps et mon esprit ne font plus qu’un .
Commentaire par serge — 27 décembre 2011 @ 18 h 35 min
Et bien, mes respects, ô grand ours Geoffrey. Et donc c’est là que tu es devenu végétarien… du dimanche
Commentaire par Marie V — 5 février 2012 @ 20 h 58 min